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08 janvier 2013

LVDC 25 - PMA : Bioéthiqe vs. Santé publique

Un jour, même des pays neutres comme la Suisse, dont il était question dans un article antérieur, doivent prendre position. Aussi, même si ce blog a initialement pour but de vous divertir de mes délicieuses anecdotes, pour cet article je veux assumer un peu mes vues pour une fois.

Le Diable s'habille en PMA : et la santé dans tout ça ?

Depuis quelque temps, nos amis anti-mariage gay, sentant leur défaite arriver, se replient sur ce qu’ils peuvent, en l’occurrence l’accès des couples de même sexe à la procréation médicalement assistée, ou PMA. Pire, de nombreux députés du Parti Socialiste, pourtant censés s’unir autour du projet de loi, font défection – j’ai envie de me tromper de mot et écrire « défécation » tellement cela me dégoûte. Mais au-delà de tout clivage politique, mon intention ici est de citer un argument que personne n’a encore énoncé, ou du moins sur lequel personne n’a insisté suffisamment : la santé. 

En effet, sur le plan de l’éthique, tout a plus ou moins été dit, et surtout, comme notre pays démocratique autorise nombre d’opinions différentes (et c’est sa force), s’entendre sur le bien et le mal est assez difficile, ce qui rend tout débat sur l’éthique très long et pas forcément productif ; en revanche la santé ne peut être ignorée que par un très petit nombre d’intégristes.

Mais passons aux choses sérieuses : les arguments.

Scoop : les lesbiennes peuvent déjà concevoir des enfants !

Comme on l’a souvent rappelé aux opposants à la famille homoparentale, des couples de mecs ou de nanas avec des enfants, il y en a déjà beaucoup. Pas forcément autant qu’il y en aura à l’avenir, mais suffisamment pour les compter dans la population. Et parmi ceux-là, il y a notamment des couples de lesbiennes qui ont élevé des enfants ensemble sans les avoir adoptés, et sans pour autant qu’ils aient été conçus lors d’une précédente union : bah oui, il leur a suffi d’aller en boîte de nuit ou dans un bar, et de coucher avec le premier mec bourré venu (ou éventuellement le sélectionner sur son apparence physique, son habileté à la danse, son sens de l’humour s’ils ont discuté…). C’est aussi simple que ça.

PMA, mec bourré

Autrement dit, sans mariage, sans adoption, sans insémination artificielle, il a toujours été possible aux femmes – qu’elles soient lesbiennes ou pas, en couple ou pas – d’avoir tous les enfants qu’elles veulent. L’un de mes amis a d’ailleurs été conçu ainsi, et ne subit aucune séquelle particulière – au contraire, c’est un garçon charmant, et ses mamans aussi sont charmantes.

Mais mon point ici n’est pas l’habileté des couples à élever leurs enfants : mon point c’est qu’à l’heure actuelle des couples de femmes enfantent déjà par voie biologique. Et je reconnais qu’il est injuste que les couples de mecs ne puissent pas faire pareil, mais quand bien même la PMA serait autorisée pour les couples de femmes et pas les mères porteuses pour les couples d’hommes, ce ne serait pas plus injuste qu’aujourd’hui. 

Par contre, si tous les problèmes qu’engendrerait la PMA sont déjà là (ou pas d’ailleurs en fait), j’en vois d’autres, pour les mères comme pour l’enfant, qui ne surviendraient pas si la PMA était légalisée (et je ne parle pas seulement du fait que l’enfant risque de se retrouver avec les gènes d’un connard alcoolique). 

Du clash psychologique au VIH sérologique

D’abord, il y a le problème psychologique que peut rencontrer la mère quant à la conception : en effet, et j’en suis bien le premier étonné, tout le monde n’aime pas se faire pénétrer par un pénis. Eh oui, les lesbiennes ne sont pas forcément des féministes qui poussent le bouchon un peu loin, pour certaines femmes, se prendre une bite dans le vagin c’est aussi traumatisant que pour un mec hétéro de s’en prendre une dans le cul (histoire de parler crûment). Certaines ne le peuvent pas du tout (et ne peuvent donc avoir d’enfants seules), certaines le porteront à vie.

Deuxième problème psychologique, surtout pour un couple fidèle : le sexe hors union. Là encore, certains couples risquent d’être mis en danger par le fait que l’une ou les deux partenaires doivent coucher avec quelqu’un d’autre, qui plus est un homme – comme on pourra prochainement le voir dans un très beau film de Barbara S. Müller, c’est-à-dire, dès qu’elle aura fini le montage. Le gamin risque ainsi de naître dans un couple fragilisé, voire détruit (mais peut-être que Christine Boutin préfère voir des enfants élevés par des mères célibataires au cœur brisé que par deux mères amoureuses ?).

Surtout, il y a un problème de santé majeure : concevoir un enfant avec un inconnu rencontré en boîte de nuit implique d’avoir des relations non protégées avec ledit inconnu, voire avec plusieurs d'entre eux (ben oui, avoir des enfants ça ne marche pas forcément au premier 'coup'...). Dans le contexte actuel, c’est très dangereux – et sans vouloir généraliser, si le mec se laisse facilement persuader de baiser sans capote, il y a moyen que la future maman ne soit pas la première et que le mec ait été totalement inconscient depuis pas mal de temps et de partenaires et ait choppé tout plein de maladies. Notamment le VIH, qui peut se transmettre au bambin si la mère n’est pas traitée suffisamment tôt – et hélas, les homos hommes comme femmes ne sont pas forcément beaucoup plus intelligents ni moins inconscients que les hétéros.VIH, Carla Bruni

Enfin, puisqu’on parle de l’enfant, et qu’après tout si on le fait, c’est qu’il est important, il y a aussi des problèmes psychologiques pour lui : outre le fait que s’il demande qui est son géniteur, on devra lui répondre « oh c’était un mec bourré en boîte de nuit » au lieu de « c’était forcément un gars bien, il a donné son sperme pour que tu puisses naître », il devra subir les éventuels problèmes psychologiques et/ou de santé de ses mamans. Pire, sachant que c’est pour le concevoir qu’elles ont couru tous ces risques, il aura beau se dire qu’elles l’ont vraiment désiré (et pas juste qu’elles ont oublié la capote et que Belle-Maman était catho anti-avortement), il risque d’en concevoir une certaine culpabilité qui nuira à son développement bien plus qu’une conception sans orgasme.

Conclusion

Finalement, c’est un peu comme les débats sur l’avortement : au-delà de toute considération éthique, avant sa légalisation, de nombreuses femmes se faisaient avorter, mais le plus souvent dans des conditions de fortune qui les mettaient bien plus en danger que les procédures médicalisées. La différence majeure c’est que dans le cas de la PMA, on ne veut pas détruire une vie avant qu’elle ne commence, mais au contraire faire venir un petit être au monde.

Je n’ai rien de plus à ajouter. Maintenant, cher Législateur, vous avez le choix : soit vous empêchez les relations sexuelles non protégées avec des inconnus, ce qui ne sera pas aisé ; ou bien, vous ajoutez à une telle interdiction la mesure supplémentaire de faire avorter toute femme qui ne pourrait justifier de son union avec un homme, ce qui ne plaira ni aux féministes ni aux catholiques pro-life ; ou bien vous enlevez à ces mères la garde de leurs enfants, ce qui ne plaira pas davantage aux féministes et privera les enfants de leur mère en plus de leur géniteur (mais peut-être que les bien-pensants préféreront voir les gamins placés plutôt qu’élevés par des goudous et/ou des femmes célibataires ?). Ou alors, vous prenez vos couilles à deux mains, et vous faites ce qui est nécessaire pour la santé de vos compatriotes, quelles que doivent en être les conséquences sociales ou politiques.

 

 


12:58 Écrit par chax18 dans Santé, Science | Lien permanent | Commentaires (0) |  Partager sur Facebook |

15 novembre 2012

LVDC 24: Organ giving and other things to do in case I die

Because "La Vie de Charles" is a blog about my life, it is time I start thinking -and writing- on my death.

Bus London

Yes, dear Readers, one day my beautiful existence will come to an end; sad enough as it will be, additionally some stuff will need to be done, and while I value the experience and skills of dedicated lawyers who would keep it, I completely trust Google to store this article for at least the next century.

So: until it is expressely revoked by a more official version, this is, taaadaaaaaaa... my Last Will and Testament.

 

First of all, and it will be the only real justification for this blog entry, I DO GIVE ALL MY ORGANS to whomever might need them. Even if this has to be Christine Boutin. Actually, I would rather like that she gets the kidneys or the liver of a fag; she might even become a lesbian and stop being a nuisance.

Second, I'm afraid there is no money for anybody to inherit, and if this does change, it will probably be gone with the funeral and other expenses occured by my demise. I not, you may use the remaining to create a charity with my name to help people with bad taste and little money to buy nice fake leopard fur plaids for their beds.

As for the funeral, I want to be cremated, because I don't want my body to be eaten by worms. Actually, if you can preserve it, like, put it into a cube of glass and expose it on a public square or send it to space, I would enjoy it - plus this is the only way I see myself possibly going to heaven.

Apart from that, I want my funeral to be as cheap as possible, having been very little attached to appearances during my life, so if you could avoid burning a nice handwork of oak and even nicer tuxedo and Oxford shirts, and instead burn me naked in a coffin in recycled paperboard, it will definitely appease my soul and less polar bears will die. Crystale Bouvier-Montgomery, Funeral Party, Charles Dechoux

I also suggest that you organise a disguised Funeral Party so my friends who like to create their own clothing can dress up as a Black Widow or Princess of Death, or maybe you should come all as famous dead people? Zombies? Lady Gaga in mourning attire??

Actually this is way to exciting, and since although I'll be of course present, I won't really enjoy it, I think we should do rehearsals. We could maybe prepare appropriate themed cocktails like TGV, Blue Lagoon or Bloody Mary, depending of the way I die?

Of course, once I'm in ashes, please do not leave me to mould in a stupid box, and instead nicely set me free. I'd especially like to be thrown in the river by my parent's house, so I could finally (since I haven't done it yet) swim to the Cher, then meet the Loire at Tours and flow all the way to the ocean - better dead than never they say. If it is forbidden to do... well, you'll figure out. I guess diving from a yacht in the middle of the Atlantic might do too ;-)

As for my personal belongings, please help yourself to what you like most, as long as you don't intend to sell them for your profit; there is so much rubbish at my parents' that they wouldn't know what to do with it!

I more specifically give my shoes to those who really need them, and I know some people will love to have them, share them and cherish them as relics, especially those with which I ran this 'Glam Run' race last year...

Eventually, if any of you wants to remember me or pay tribute, you can watch silly movies, especially Les Visiteurs, or Dikkenek, or Scary Movie 3, or any movie I keep citing all the time, so you will literally hear things that I say all the time. If you want to buy me flowers, take pink lillies from a local market, and keep them in your living room, they'll smell nice just as me (alive I mean).

If I do have a soul, though I seriously doubt it, it will probably bathe in a lake or linger on a beach with a fresh heavenly mojito, so I suggest that you treat yourself to a Sea, Sex & Sun holiday in my honour and toast me!

 

Having written all this, I can die at peace if I trespass while crossing the street to go to work tomorrow morning (at least, as much at peace as you can be when you get run over by a bus).

Even though, I still hope that I will outlast you all and live forever young and beautiful - just like a vampire, you'd say, but I'd actually rather die than live forever without getting suntan... 

 


01:45 Écrit par chax18 dans Blog, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Partager sur Facebook |

24 août 2010

LVDC 23 : la Suisse et l'espace Schengen

 

La Suisse, état neutre au cœur de l’Europe, excite depuis des siècles l’imagination voire l’ire de nombreux Occidentaux. Bon ok, j’arrête de raconter du pipeau, tout le monde s’en fout de la Suisse. C’est un mini-état de 7 millions d’habitants (moins que la Suède !) perdu dans les Alpes au milieu de l’Europe qui n’est en guerre avec personne uniquement parce qu’il ne présente pas le moindre intérêt.

Non, si j’écris un article sur la Suisse, c’est suite à un défi avec un ami : si jamais j’arrive à écrire sur « l’entrée de la Suisse dans l’espace Schengen et ses répercussions économiques sur la libre circulation des biens et des personnes dans la communauté européenne » un article aussi amusant que les autres articles de ce blog – qui rappelons-le, est la tentative de moi, Charles Dechoux, de dérider un peu mes malheureux amis afin de réduire leur stress – alors j’aurai droit à une surprise.

Mais revenons-en à nos moutons, ou plutôt à ceux des Suisses. En effet, il faut bien qu’ils vivent de quelque chose, ces petits Suisses.

 

moutons.jpg
Quelques doux habitants de la Suisse

 

Rappelons d’abord la capitale du pays : Berne. Non, Berne n’est pas que la ville qui a vu la victoire de l’Allemagne lors de cette coupe du monde d’après-guerre, c’est aussi la capitale de la Suisse ! Enfin pas tout à fait, puisque dans ce beau pays on ne parle pas de capitale mais bien de ville fédérale. On parle d’ailleurs non de Suisse de Confédération helvétique, désormais Confédération suisse.

Le pouvoir législatif en Suisse est détenu par l’Assemblée fédérale, constituée de deux chambres. Le pouvoir exécutif est exercé par le Conseil fédéral, constitué de 7 membres élus par l’Assemblée généralement choisis, depuis 1959, par la règle – tenez-vous bien – de la formule magique. Finies les disputes électorales, les présidentielles de 2012, les débats entre un bling-bling et une cruche : abracadabra, un coup de baguette magique et les conseillers sont élus. J’exagère un peu : cette règle, ou plutôt cet ensemble d’accords tacites entre les différents partis, vise à établir au sein du Conseil une représentation à peu près proportionnelle de la population. Sans vous énumérer les partis, la règle est de 2-2-2-1.

La Suisse n’a, vous l’aurez compris, pas de président. Pas de roi non plus – elle a sauté l’étape de la monarchie. Au moins, Monaco a un prince ! Non, la Suisse s’est constituée dès le 13ème siècle sous forme d’agglomération de cantons, puis a connu une éphémère république à la suite des guerres napoléoniennes. La Confédération ne s’est réellement dotée de constitutions qu’au dix-neuvième siècle, et ne s’appelle officiellement Suisse que depuis la constitution de 1999 !

Je ne sais pas vous, mais moi, un pays où l’on parle trois langues différentes (et encore, horriblement déformées), qui s’appelle une confédération et qui n’a ni capitale ni président, je trouve ça relativement bancale. C’est simple, même la Belgique, avec un roi (contesté), un premier ministre (qui change tous les trois mois), une capitale (minuscule) et même pas deux siècles d’existence, ressemble davantage à un pays…

parlement suisse.jpg

Le parlement suisse, qui résiste à toutes les tourmentes

Mais je suis méchant de comparer la Belgique à la Suisse (en plus la photo de moi que vous pouvez voir sur ce blog a été prise à Bruxelles). Car si les deux pays ont pris de l’importance au niveau international, la Belgique a choisi de s’impliquer au niveau local et fait depuis cinquante ans progresser petit à petit l’Union Européenne, tandis que la Suisse s’enorgueillit d’être le siège de diverses organisations internationales, toutes plus inutiles les unes que les autres. Cela a commencé avec la SDN, la fameuse « Société des Nations » à la suite de la première guerre mondiale, qui s’est révélée tellement inefficace à enrayer la seconde qu’elle a été dissoute et remplacée par l’ONU, déplacée pour l’occasion à New York (et qui jusqu’à présent ne jouit pas d’une image tellement meilleure que son ancêtre).

Mais n’oublions pas la spécialité de la Suisse, qui lui a permis de rester neutre – c’est-à-dire, qui a été la seule raison pour laquelle les différents dictateurs européens du 20ème siècle l’ont laissée neutre : le secret bancaire. C’est sûr qu’en les tenant par la bourse, les Suisses ont pu négocier avec les nazis ! Enfin, n’épiloguons pas sur cet épisode fiscal dont on a déjà tout dit et qui ne sera bientôt plus que de l’histoire, la fiscalité suisse étant en pleine réformes depuis la crise économique de 2008.

Je voulais écrire sur l’entrée de la Suisse dans l’espace Schengen. L’espace Schengen, rappelons-le, est un espace de libre-échange ou, comme il est dénommé depuis le traité de Lisbonne, « de liberté, de sécurité et de justice. » Vous êtes probablement déjà passés devant les postes-frontières abandonnés sur les autoroutes entre la France et l’Espagne ou la Belgique, et effectivement, cette totale perméabilité des frontières aux personnes est bien le symbole le plus évident de l’espace Schengen. Cet espace a été créé par la convention de Schengen en 1985, signée dans le village luxembourgeois du même nom, coincé entre les frontières française et allemande (on parle de tripoint frontalier) par les cinq pays qui font généralement avancer l’Union, à savoir la France, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. On sait moins que cet accord a été improvisé suite à une série de grèves en 1984, notamment des douaniers italiens, mais aussi de divers camionneurs, qui a failli être réprimée par rien de moins que l’armée française (et en 1984, on riait beaucoup moins quand on disait « l’armée française »). Peu à peu étendu et modifié, cet espace regroupe la majeure partie de l’Union européenne, sauf bien sûr les îles britanniques, plus l’Islande et la Norvège… et la Suisse depuis 2008 !

 

Trawmay Bâle.jpg

Le Straßenbahn bâlois

 

Parlons un peu, puisque nous sommes sur LVDC, de la vie de Charles. Parti en week-end avec mes amis de l’Orchestre Universitaire de Lille au festival de Belfort, où nous brillâmes par notre exécution de  « J’ai perdu mon Euryd… je veux dire, de la première symphonie de Beethoven, je devais rentrer à Frankfurt par le train, et changer pour cela à Mulhouse, Basel et Mannheim. Basel ? Bien sûr, Bâle, en Suisse-allemande ! Correspondance, s’il en est, fort intéressante comme nous allons le voir.

J’ai eu le temps d’apprécier la place de la gare de Basel, qui sert de hub à ses tramways délicieusement vintage. En effet, mon train français ayant eu (surprise !) une demi-heure de retard, j’ai raté de cinq minutes ma correspondance, car, comme me l’a expliqué cet employé suisse si mignon avec sa petite bouille et ses cheveux blonds sur lequel je me suis tant défoulé, « si le train avait attendu cinq minutes, des Allemands auraient attendu en aval sur la ligne. »

Là où cet épisode de ma vie devient intéressant pour l’article (je ne me serais jamais permis d’en parler sinon !), c’est que j’ai pu voir un vestige de la frontière franco-suisse : mon train est arrivé par le côté de la gare réservé aux trains français. Enfin, « côté », je veux dire une misérable annexe laide et délabrée des années soixante reliée à la gare même, typique des gares des grandes villes avec ses voûtes en fer forgé et ses hauts murs de pierre de taille, par différents couloirs sales où sont encore écrites les indications pour la douane. Autrement dit, espace Schengen ou pas, les Suisses prennent encore et toujours les Français pour de la merde.

Cette interjection clôt donc cet article. Il me reste à m’excuser par avance de ma vindicativité auprès de mes, euh, voisins suisses, que je ne cherche pas à ennuyer car j’aime les montres et les chocolats (même si pour ça la Belgique fait encore une fois aussi bien) ; simplement vous reconnaîtrez que c’était trop tentant :D

 

13 août 2010

LVDC 22 : la reproduction des canards

Amis de la nature, aujourd’hui LVDC se transforme en documentaire animalier. En effet, je me suis rendu compte que nombreux parmi ceux qui n’ont pas eu la chance, comme moi, d’habiter de nombreuses années dans un environnement lacustre ou marécageux, n’ont jamais assisté à l’accouplement du canard – et ne connaissent souvent pas non plus la démarche circonspecte du héron, les concerts de coassements des batraciens lors des nuits estivales ou encore le feulement félin et le vol lourd du cygne (et hop, je case une double allitération, et vous entendez déjà ces gros animaux ramer avec leurs ailes pour tenter d’extraire leur lourd corps de l’eau). Aussi, au lieu de parler de Charles Dechoux, LVDC sera aujourd’hui : La Vie Des Canards !

Nombreux sont les promeneurs du dimanche qui s’émerveillent, au printemps, devant le spectacle offert par les petits canetons nageant à la queue leu leu derrière leur maman sur les paisibles canaux ou dans les parcs, avec leur duvet tout ébouriffé, pendant que leur père les suit comme un chien de berger. Mais combien parmi eux savent que derrière ce spectacle des plus attendrissants, et qui fait ressembler la gent canarde (pourquoi me refuserais-je un petit barbarisme ?) à une publicité pour l’Eglise catholique, combien savent que derrière cette touchante scène champêtre se cache en réalité un viol collectifs particulièrement barbare ?

Car oui, ami lecteur, sache-le : la cane, elle en prend pour son grade ! Il faudrait en glisser trois mots à Marc Dorcel parce que là, il ferait une sacrée audience, et même les moins de 18 ans pourraient regarder. Je vais donc relater ici la scène telle que je l’ai vue pour la toute première fois, dans un décor particulièrement stylé.

Le château de Chenonceau, avec sa galerie qui enjambe le Cher, est un des plus spectaculaires des châteaux de la Loire (on va dire, de la vallée de la Loire en tout cas, vu que c’est le Cher qui passe dessous). Après avoir admiré ce palais exceptionnellement exquis, mes parents, mon frère et moi-même regagnions le véhicule familial afin de rentrer en notre modeste logis quand nous assistâmes à cette abomination champêtre.

La surface de l’eau est paisible. Un couple de canards (là ils sont encore monogames) nage gentiment. Le mâle dit probablement à la femelle quelque chose comme « chérie, j’ai envie de toi » parce que là la cane nage déjà plus rapidement, du genre « pas cet après-midi mon lapin, j’ai mal à la tête ». En fait elle en meurt d’envie : au lieu de partir pour de bon, elle bat des ailes juste assez pour monter à deux mètres d’altitude et amerrir une dizaine de mètres plus loin. Le petit manège continue durant quelques minutes, puis au fur et à mesure, d’autres canards mâles arrivent, sans doute attirés par les phéromones de la cane qui disent « il va y avoir du sexe par ici ». Au bout d’un moment, lassée ou résignée devant son destin, la cane finit par se laisser rattraper. Et c’est là que ça commence pour de bon !

Tous les canards se pressent derrière elle. L’un d’eux réussit à lui grimper dessus ; avec son bec, il lui attrape le coup et lui enfonce la tête dans l’eau pour pas qu’elle bouge pendant qu’il la pénètre bien profondément. Après quelques secondes (pas très endurants les canards !), il se retire, se laisse pousser par le suivant, qui prend sa place pour de bon, suivi d’un autre, et encore un autre…

A la fin, les mecs – pardon, les canards – se sont bien vidé les couilles, et ils repartent chacun à leurs affaires. Ils pissent dans l’eau, donc pas besoin d’aller à la salle de bains : ils vont manger ou dormir directement. Pendant ce temps-là, la femelle, qui a bien pris cher, se traîne péniblement sur la berge et se lisse les plumes de l’arrière-train. Le moins que l’on puisse dire d’elle, c’est qu’elle marche – pour de bon ! – en canard


16:13 Écrit par chax18 dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : canards, sexe, viol, marc boublil |  Partager sur Facebook |

12 août 2010

LVDC 21 : Citoyen, es-tu là ?

Amis futiles, je vous demande pardon. En effet, cet article de La Vie de Charles Dechoux traitera cette fois-ci d’un sujet sérieux – oui, vous avez bien lu, sé-rieux. Pourquoi une telle trahison de la part d’un bloggeur qui ne jure que par le déconstructivisme quand il s’agit de débattre sur Internet ? Je vais vous répondre.

Revenons-en à ma séance de piscine d’hier. Habituellement, pour me distraire pendant mes longueurs en crawl, je pense de manière obsessionnelle à tous les boulots à Londres ou autre capitale européenne pour lesquels je viens de poser ma candidature. Or, depuis quelque temps j’ai candidaté à tous ceux que j’avais vus et attends vainement des réponses. Aussi, alors que ma trajectoire restait (presque) droite, mon esprit frivole s’est mis à dériver sur des conversations que j’ai eues avec mon excellent ami JLG, alias K, que tout le monde reconnaîtra mais que je ne veux pas citer faute de pouvoir relater parfaitement son point de vue.

Notre désaccord a porté, finalement, sur l’adage fameux : « la critique est facile, mais l’art est difficile ». Nous nous sommes légèrement disputés concernant, la première fois, la réforme des études à l’Ecole Centrale de Lille, et de manière moindre, l’hilarant faux blog destiné à attirer les jeunes filles à l’Ecole Centrale Paris. Les deux fois, K m’a reproché de critiquer sans avoir pris part au travail collectif. Plus encore, son reproche a trouvé dans mon éducation citoyenne un écho qui me donnait mauvaise conscience. Je l’avoue en effet tout net : si je satisfais à mes devoirs direct de citoyen, en l’occurrence le respect des lois et l’utilisation systématique de mon droit de vote (même pour les régionales !), en revanche on ne peut pas vraiment dire que je m’implique dans la vie démocratique de la France. Cela s’est également vu lors de mon passage en école d’ingénieurs, et dans la relative passivité de ma vie associative.

Il y a plusieurs raisons à cela ; la principale, c’est que tant que ma petite personne est à peu près satisfaite, ce qui est (presque) toujours le cas, je n’ai aucune envie de changer quoi que ce soit. Oh, je râle bien sûr, mais de là à agir…

De nos jours on parle de plus en plus d’impliquer les citoyens. L’exemple le plus explicite en a été le projet de « démocratie participative » porté par Ségolène Royal lors de l’élection présidentielle de 2007. Cette tendance est pour moi typique de certains courants de pensée actuels, qui en réaction à l’abrutissement des citoyens par la télévision et notre société en général cherchent à secouer les gens et à leur faire comprendre que c’est à eux de prendre en main leur destinée (parmi les ouvrages les plus cités figurent habituellement Le Meilleur des Mondes, d'Aldous Huxley, et 1884, de George Orwell).

Je ne suis pas d’accord. Même si je me sens légèrement coupable, je savais depuis longtemps que j’avais au fond de moi un argument à opposer à cette thèse, par ailleurs très convaincante. A l’origine de la démocratie, si mes souvenirs sont exacts (parce que vous vous doutez que je n’allais pas sortir dans l’eau pleine de chlore mon encyclopédie universelle en douze volumes ni ouvrir mon mini-PC pour consulter Wikipédia), si tous les citoyens prenaient pleinement part à la vie publique, en revanche le statut de citoyen n’était accordé qu’à une partie de la population. Je ne tomberai pas dans le cliché répandu chez les détracteurs de la démocratie qui lui reprochent de donner le pouvoir au peuple, qui n’est ni compétent ni suffisamment intelligent pour l’exercer : pour moi le problème n’est pas là. Non, le problème c’est que les citoyens de l’époque n’avaient rien d’autre à faire que d’exercer leur pouvoir. Ils n’étaient pas forcément assez riches pour se permettre de ne pas travailler, mais dans ces cas-là ils se voyaient plus ou moins achetés par d’autres citoyens plus riches qu’eux en échange de nourriture (on parle de clientélisme, c’est un sujet très intéressant, trop peut-être pour LVDC).

Le citoyen lambda (pour continuer avec les Grecs) d’aujourd’hui est bien différent. En effet, pour survivre et profiter de notre belle société, il doit tous les jours se rendre au travail, prendre le métro s’il habite dans une grande ville, le RER en banlieue parisienne, sa voiture en province, ou son vélo ou ses pieds s’il est suffisamment près pour cela. Si l’on rajoute à cela son éventuelle vie sociale, affective, familiale et personnelle, le citoyen n’a tout simplement pas le temps ni encore moins l’envie de s’impliquer de manière significative dans la vie politique. De plus, pourquoi devrait-il faire le travail des députés, des sénateurs, et de toute l’administration payée pour nous représenter ? Pour en revenir à moi, pourquoi devrais-je assumer l’avenir du pays alors que je paye plus de 100 000 euros par an pour qu’un nain adultère et cocu d’origine hongroise le fasse ? Ce même principe s’applique partout – par exemple à l’école : l’équipe pédagogique a vocation à nous former et nous la finançons par des frais de scolarité (que je vais devoir payer une année supplémentaire si je suis ajourné alors que je ne mettrai presque pas les pieds en cours). Pourquoi devrais-je par-dessus le marché, à titre bénévole, venir en plus de mes cours me faire ch… je veux dire débattre (de manière je n’en doute absolument pas parfaitement constructive et équitable) avec mes pairs, mes professeurs et mon administration ?

La réponse que la version de JLG qui parlait dans ma tête alors que je tentais plus ou moins vainement de me sculpter un joli corps n’a pas manqué de me donner, c’est « parce que ce sont nos études et notre avenir ». Et j’en conviens. Mais, amis lecteurs je vous l'avoue, je suis bête parfois. Et d’ailleurs, me disais-je alors que j’expiais par avance les calories que j’allais ingurgiter au restaurant japonais, beaucoup d’entre nous le sommes. Justement, les décideurs officiels devraient en tenir compte, car les citoyens ou étudiants suffisamment motivés pour participer ne sont pas si nombreux. Pour agir dans l’intérêt de la masse, il faut prendre en compte son comportement et lui fournir les outils et la motivation de participer.

Aussi, si je devais avoir un quelconque avis à donner, autre que ce blog que seuls quelques stagiaires désœuvrés vont lire, je préconiserais l’utilisation des outils simples dont nous disposons déjà. En Suisse, par exemple, la plupart des lois sont mises au vote national ; faire voter les gens aux urnes étant très coûteux, on pourrait faire cela sur Internet par exemple (ne me dites pas que cela discrimine les citoyens qui n’y ont pas accès, parce que cela n’a pas empêché le gouvernement de proposer des réductions d’impôts à ceux qui remplissent leur déclaration en ligne). Et surtout concernant les organisations plus petites ou plus modernes qui utilisent déjà l’informatique de manière extensive, par exemple les écoles d’ingénieurs, des questionnaires en ligne avec des réponses par oui ou par non sur des propositions, voire la possibilité pour tout élève de poster des propositions depuis son appartement entre deux épisodes de South Park ou de Sex and the City, voilà des moyens simples d’impliquer jusqu’au plus fainéant des Centraliens. Cela leur donne de mauvaises habitudes pour leur vie future ? Peut-être, mais l’ensemble de l’Ecole pourrait bénéficier d’un éclair de lucidité d’un paresseux sans avenir.

De même, quelle que soit l’échelle, il serait possible d’impliquer les gens de manière plus poussée. Par exemple, libérer de cours les élèves voulant participer à la réforme des études ; ou bien dédommager les citoyens qui souhaitent se rendre à des débats – osons utiliser le terme – participatifs concernant des projets de loi ou des thématiques actuelles.

Vous le voyez, chers lecteurs, pour une fois non seulement je parle politique, mais je suis même un peu constructif ; il faut dire que l’on ne nage pas deux kilomètres sans avoir le temps de cogiter et d’investiguer en profondeur un sujet aussi délicat que celui-ci, qui me trottait depuis longtemps dans la tête.

 
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