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02 janvier 2010

LVDC 12 : Bourges - une introduction

Cet article est le premier d’une série que je compte consacrer à Bourges, ville où (pour les rares qui ne savent pas) je suis né, et pour laquelle j’éprouve, comme l’a si bien formulé à propos de son pays une Italienne que j’ai rencontrée à Berlin, « un mélange d’amour et de haine ».

Pour ce premier article sur Bourges, je vais m’en tenir à mes connaissances solides et factuelles sur la ville. Je compte, dans un futur proche, vous communiquer des données (encore) plus subjectives et davantage orientées sociologie.

Quelques faits d’abord : située à 250 kilomètres au sud de Paris, chef-lieu du département du Cher, Bourges est la troisième plus grande ville de la région Centre avec 80000 habitants (en comptant la banlieue !). C’est aussi le siège de la meilleure école d’ingénieurs de la région, l’ENSI Bourges – une des deux seules écoles à proposer une spécialité sur les risques industriels – qui dépasse Centrale Lille en moyenne du salaire à la sortie, et qui certes n’a pour seule concurrence régionale que Polytech’ Orléans et Polytech’ Tours (dont je ne dirai cependant aucun mal puisque mon frérot y est, et que je l’ai encouragé à y aller). Bourges est également, derrière Tours, la deuxième ville la plus animée de la région. Sans vouloir avoir l’air d’un rabat-joie, ça veut tout dire !

Il faut savoir que Bourges a connu son âge d’or il y a vingt-cinq siècles. La ville (gauloise à l’époque) était plus grande il y a 2500 ans que maintenant ! Avaricum, comme l’appelèrent les Romains, était si belle et si puissante que ses habitants refusèrent la méthode de la « terre brûlée » pratiquée par Vercingétorix, qui consistait à brûler villes et provisions avant l’arrivée de l’armée romaine afin d’en affamer les soldats. Voyez à ce propos l’éblouissant film Vercingétorix, avec Christophe Lambert dans le rôle principal (dans le film, ils disent Bourges, alors que ce nom n’est apparu beaucoup plus tard – il viendrait de la tribu des Bituriges, qui prirent la ville à l’Empire Romain – et le film a probablement été tourné au Canada, mais ça ne fait rien). Bien évidemment, César réussit tout de même à prendre la ville, et devinez quoi – César a tout brûlé et a tué tous les habitants. Peu importe, la ville a depuis été détruite presque totalement plusieurs fois. Le plus vieux monument qui reste debout est le mur d’enceinte gallo-romain qui date du 1er siècle après Jésus-Christ, parfois en tant que mur libre, souvent réutilisé comme appui par des maisons ou des monuments historiques comme le palais Jacques Cœur. D’une manière générale, si vous creusez un trou à Bourges, vous allez remonter le temps et traverser les ruines de cinq ou six villes entassées les unes sur les autres. Notamment, les riches habitants du vieux centre qui font creuser des piscines déterrent systématiquement des squelettes ; ces bons vieux Gallo-Romains finissent généralement dans les ordures afin de ne pas attirer les archéologues redoutés. Une amie de mes parents, ayant acquis un terrain nu (rare) en centre-ville avait renoncé à toute cave ou vide sanitaire afin d’éviter les problèmes ; les archéologues sont venus quand même, cherchant un cimetière juif du XIIIème siècle qu’ils savent enterré quelque part dans ce coin. Heureusement pour elle, ils ne l’ont pas trouvé (il doit être en-dessous de chez les voisins) ; ils ont creusé, sorti ossements et fragments de poteries, ont tout étiqueté… et tout ré-enterré ! Eh oui, le sol protège ces objets ô combien précieux pour l’humanité de l’oxydation sans coûter un max aux musées.

Aujourd’hui, la ville est connue (un peu, et hors de Paris) pour son festival de musique, le Printemps de Bourges, qui attire depuis trente ans des artistes connus et inconnus pour une semaine pendant les vacances de Pâques ; le plus agréable pendant ce festival est de prendre un verre en terrasse en écoutant un groupe de rock amateur. Mais au final, le Printemps c’est ennuyeux parce que pendant une semaine, la ville est envahie de plein d’étrangers, de gens bizarres avec des chiens (genre clodos en treillis militaire) et à cause des stands de bana-banas, on ne peut pas circuler correctement.

Bourges est dotée d’un réseau de bus (presque 20 lignes), qui passent toutes les 20 minutes (en semaine, aux heures de pointe), qui sont tellement inefficaces que depuis chez moi on a aussi vite fait d’y aller à pied, et du coup tous ceux qui peuvent se déplacent en voiture. Le centre-ville, moyenâgeux, n’a pas été prévu pour une telle circulation, et les rues sont saturées. En été, l’air est presque irrespirable à cause des gaz d’échappement qui restent et se concentrent en raison de la sécheresse, et l’on peut même parfois voir de la brume ; en hiver, les façades crépies du début XXème sont grises et sales et les pierres calcaires blanches posées sur les trottoirs lors des travaux récents (et au demeurant très jolies) sont particulièrement glissantes.

Au XIXème siècle, lors du développement du réseau ferré, Bourges refusa de devenir la plaque tournante de la région – la vieille bourgeoisie locale ne voulant pas du bruit occasionné – et c’est Vierzon, crée à partir de quatre villages pour l’occasion, qui profita de la Révolution industrielle. Tant mieux, puisque depuis l’effondrement de l’industrie au XXème, elle souffre d’un des taux de chômage les plus élevés en France – et aussi du plus grand nombre de sympathisants communistes : 20% de vote PC aux dernières élections présidentielles. Bourges fut cependant choisie par Napoléon pour installer les usines d’armement ; Hitler fit faire un écart à la ligne de démarcation (qui autrement suivait la Loire) pour récupérer ces infrastructures en zone occupée. Aujourd’hui encore, Bourges est un pôle militaire – même mon papa travaille à la DGA – mais peu à peu tout est délocalisé vers Paris – même mon papa, qui va à Paris deux fois par semaine – et le site est reconverti en bureaux, école d’ingénieurs, etc.

La seule chose qui sauve Bourges, c’est son patrimoine culturel, ses marais qui offrent une belle oasis de verdure, et le fait que le Berry, dont elle est la capitale, est si rural : Bourges est la plus grande ville à plus de cinquante kilomètres à la ronde. Elle dispose par conséquent de toutes les installations du département, ressources administratives, bibliothèques, cinémas (Mega CGR 12 salles), patinoire, maison de la Culture (la première de France, inaugurée par Pompidou avant qu’il soit président), restaurants chinois, et plein de boutiques !

Commentaires

bonjour
article très intéressant ,je suis né a bourges mais je n yai jamais vécu , j'ai et je l'avoue une mauvaise impression de bourges pourquoi ?et bien j'arrive toujours à bourges et ce depuis que je suis gamin du coté nord qui est particulierement disgracieux.mais mon avis est en train de changer petit à petit ,ma famille et moi meme allons bientot nous y installer pour travailler ,et j apprends a connaitre cette ville qui mérite d'être découverte certes ce n est pas une ville du calibre de tours que j ai connu pour y avoir vécu dix ans mis je crois qu un jour elle combleras son retard,il fut que la mairie fasse de bon choix de développement (notamment ecologique ,c est l'avenir !et la bourges à une carte a jouer )bref tout cela pour dire que je reste entouthiaste à l'idée d'y vivre .
merci de votre article

Écrit par : bourbon | 06 juillet 2010

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