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12 janvier 2010

LVDC 15 : l'entropie, un beau bordel

Si vous êtes familier avec la physique, ou si vous lisez de la science-fiction, vous avez sans aucun doute déjà croisé le terme « entropie ». Les ouvrages de vulgarisation, comme Science & Vie (que j’ai cessé de lire le jour où j’y ai lu des articles qui simplifiaient horriblement mes cours de prépa), indiquent souvent au détour d’une ligne qu’il s’agit d’une « mesure du désordre ». Et vous expliquent dans la foulée que, par exemple, un gaz aura une entropie plus élevée qu’un liquide parce que ses molécules ont un mouvement plus désordonné. Si cette vision des choses (qui depuis des décennies a engendré chez les jeunes élèves des blagues nazes comme « je vais essayer de réduire l’entropie de ma chambre » ou bien « l’administration de cette école présente une très forte entropie ») n’est pas totalement fausse, moi je trouve que ce qui est désordonné, c’est cette histoire d’entropie.

L’entropie est une grandeur physique issue de la thermodynamique et développée par Gibbs. Pour les non-scientifiques qui liraient ce blog (et pour les scientifiques qui [ont oublié/n’ont jamais rien compris] à la thermo), un petit rappel de physique s’impose !

La thermodynamique (deux qui la tiennent, trois qui la ni***) est une discipline qui étudie les échanges de chaleur au sein des fluides (liquides ou vapeurs). C’est grâce à elle que l’on a mis au point votre réfrigérateur par exemple. Les étudiants de classes préparatoires ont l’immense joie d’en apprendre trois Principes (j’ignore s’il en existe d’autres, et je ne veux pas le savoir) :

Le premier principe stipule qu’à tout système (une quantité de fluide à laquelle on s’intéresse), on peut associer une fonction d’état (c’est-à-dire qui prendra toujours la même valeur pour les mêmes conditions du système – car oui, il existe des fonctions qui ne prendront pas les mêmes valeurs ; mais là tout se passe comme on en a envie) extensive (proportionnelle à la masse du système, donc si vous prenez un système deux fois plus lourd, vous en aurez deux fois plus) dont les variations lors d’une transformation sont égales à la somme du travail (action mécanique) et de la chaleur que l’on communique au système. Cette fonction est appelée énergie interne. Par exemple, si vous chauffez de l’eau dans une casserole, vous lui apportez une certaine quantité de chaleur, et son énergie interne augmente d’autant. Vous pouvez aussi lui faire perdre de l’énergie interne en mettant dedans un bol contenant du chocolat, qui va fondre en lui prenant de la chaleur.

C’est le second principe qui introduit la notion d’entropie : selon ce dernier, il existe une fonction d’état extensive (encore !) dont les variations lors d’une transformation se décomposent en deux parties : l’entropie échangée (avec un autre système, qui voit son entropie baisser ou augmenter d’autant) et l’entropie créée lors de la transformation. Ce que vous devez savoir, c’est que l’entropie (tout comme l’énergie interne) est une grandeur physique avant tout utilitaire : là où la masse d’un système, par exemple, se conçoit bien comme « palpable » et nous donne l’impression de comprendre le monde, cette cochonnerie d’entropie sert essentiellement à faire des calculs. Vous savez autant que moi que le désordre, c’est relatif…

Le troisième principe donne à l’entropie, qui n’est définie par le second principe que de manière différentielle, un repère (une origine, un zéro quoi) issu de la thermodynamique statistique : un système dont la température vaut zéro degrés Kelvin (i.e. -273°C, aussi appelé zéro absolu parce qu’une température plus basse n’aurait pas de sens au niveau physique - avec les mains, la température est liée à l’agitation moléculaire, et à 0°K, les molécules ne bougent plus) a une entropie nulle.

Une fois que les scientifiques ont eu défini complètement cette magnifique entropie, ils se sont dépêchés de bricoler des relations pour l’intégrer à leurs modèles : ils ont pour cela relié ses variations par rapport à celles de l’énergie interne et de l’enthalpie (une autre énergie fonction d’état extensive qui sert à faire des calculs), à la pression et la température via des identifications douteuses entre des termes homogènes (i.e. de mêmes unités). S’ensuivent tout plein de relations, que l’on s’empresse d’utiliser pour répondre à des questions comme « calculer la variation d’entropie » ou ce genre de choses super intéressantes (856 kJ/kg/K, t’es content, hein !).

Là où ça devient stimulant pour les écrivains et les scientifiques, c’est que l’entropie créée a une particularité : elle ne peut être que positive, c’est-à-dire qu’elle est créée à partir de rien. Nada ! La génération spontanée, dans notre bonne vieille physique cartésienne où tout se transforme, ça fait « désordre... » En effet, si vous prenez comme système l’univers entier, celui-ci ne peut échanger d’entropie avec rien d’autre ; son entropie, lors de réactions internes, ne peut alors plus qu’augmenter. Augmenter, augmenter, augmenter sans fin vu qu’il n’a aucun système à qui la donner ! Dès lors, on peut en imagination s’en donner à cœur joie : et si cette entropie venait de quelque part ? Et si je pouvais, via certaine réaction alchimique, faire disparaître de l’entropie ? Si, de même que les hypothétiques fontaines blanches reliées aux trous noirs (légèrement hypothétiques eux aussi d’ailleurs) expulsent la matière que ceux-ci absorbent, il existait des trous d’entropie qui la capturent et la fournissent à toutes ces réactions qui ne peuvent qu’en créer ? Vous voyez, il y a cinq minutes c’était complètement abstrait pour vous et déjà, vous vous représentez des flux d’entropie qui voyagent dans l’espace comme autant de filets de brume…

Il faut quand même reconnaître une signification physique à l’entropie – en dehors, il est vrai, que dans des conditions égales un système gazeux a tendance à avoir une entropie plus élevée qu’un système à l’état liquide. Quand on soustrait à la variation totale d’entropie la quantité issue de l’échange avec un autre système, on obtient la quantité créée ; celle-ci, si elle ne peut être strictement négative, peut cependant être nulle. Si elle ne l’est pas, alors la transformation est irréversible : par exemple, si vous faites fondre un glaçon dans un verre d’eau, vous ne pouvez pas inverser la transformation et réunir les mêmes molécules d’eau dans le même ordre pour le reconstituer et le faire émerger à la surface de l’eau (ou du Martini).

Tout ça pour vous dire que, si c’est vous qui corrigez l’examen que je passerai mercredi, j’ai bien compris la leçon et je mérite de valider, cette fois-ci…

10 janvier 2010

LVDC 14 : Bourges - chaussée de Chappe

La maison où j’ai passé la majeure partie de mon enfance et de mon adolescence est située au bord d’une voie nommée Chaussée de Chappe.

Cette route, l’axe le plus fréquenté du département du Cher (en raison notamment des magasins Lidl et Carrefour présents à ses deux extrémités), est également une digue qui traverse les Marais situés au Nord-Est par rapport à la colline de la vieille ville, marais qui la protégèrent pendant longtemps – notamment contre César, puis contre les barbares. Aménagés au Moyen Âge en jardins par des moines dont il reste un délicieux couvent en forme de U, ces anciens marécages sont aujourd’hui un poumon vert pour la ville, où les bandes de terre plantées de fleurs et de légumes alternent avec des bras d’eau alimentés par l’Yèvre et les autres rivières plus petites (les spécialistes en comptent sept) qui alimentent Bourges. Ils constituent un agréable lieu de promenade pour les habitants, mais aussi un habitat protégé pour de nombreuses espèces de poissons, batraciens (les grenouilles son particulièrement bruyantes), oiseaux et mammifères aquatiques. Ainsi, il n’est pas rare de voir un héron ou – beaucoup moins gracieux – un cygne prendre son envol, de surprendre un rat gondin nager le long d’une berge ou de repêcher la coquille irisée d’un ormeau, sorte de grand coquillage d’eau douce.

Il n’en reste pas moins qu’aménagés ou pas, les Marais ne sont pas constructibles. Par conséquent, le développement de la ville jusqu’à une période récente se fit dans toutes les directions à partir du vieux centre, sauf dans celle-là ; toute cette zone avait donc encore au début du vingtième siècle l’aspect de la rase campagne la plus charmante.

C’est probablement pourquoi la digue-route est bordée, des deux côtés, par de vastes demeures : appuyées contre les fondations solides de la digue, ou bien sur pilotis comme ma maison, celles-ci étaient pour beaucoup les résidences de campagne de riches berruyers, voire d’industriels plus lointains – la rumeur prétend que c’est l’ancien PDG de Chez Renault qui occupait autrefois une grande maison côté Est, cachée par un mur aveugle et la maison du gardien mais que l’on peut apercevoir en hiver au travers des arbres du parc, et dont le portail laisse souvent passer des voitures pour le moins coûteuses et voyantes.

Outre quelques maisons de petites gens et autres fermettes, de belles villas ornent le trottoir opposé : l’une d’elles, un peu étroite, évoque les stations balnéaires avec son toit pointu, son joli balcon et ses deux bow-windows ; une autre, partagée en appartements, est plus large et plus imposante ; la mienne, construite en meulière, ornée d’une terrasse bordée d’une balustrade (en ciment moulé) et dont les fenêtres sont décorées de pierre de taille et de briques rouges – typiques des constructions des années juste avant et juste après la Première Guerre Mondiale – a vraisemblablement initialement été construite pour un propriétaire terrien, avant d’être morcelée et habitée par trois familles, une par niveau (le grenier servant à l’époque, le crochet en métal sur le pignon en atteste, à stocker les récoltes issues des marais). En face se dresse le château de Chappe, ferme fortifiée protégée par deux tourelles et dont le donjon, agréablement visible depuis chez moi, se reflète sur le lac qui se forme à la place du pré qui le sépare de la route lors des crues annuelles de l’Yèvre. Malheureusement, le pré est aujourd’hui planté de bouleaux, et l’illusion de forteresse autrichienne dominant son lac de haute montagne est fortement dissipée.

Restent quelques constructions plus récentes, comme la maison de l’autre côté de la rivière qui passe le long de notre jardin (et dont nous sommes théoriquement propriétaires, donc responsables, jusqu’au milieu, par conséquent quand la berge s’est effondrée, devinez qui a dû financer les travaux ?), maison assez laide qui a brûlé il y a quelques semaines, ou encore la maison des M***ny, entourée de deux petits cours d’eau, qui cache derrière son mur côté rue un jardin bien aménagé ainsi qu’une grande piscine.

Malgré tout ce faste, fort heureusement pour les riverains (c’est le cas de le dire) et notamment pour mes parents, les nuisances engendrées par le trafic routier (et ce malgré le délestage de nombreux camions sur la rocade qui leur permet depuis quelques années d’éviter la ville) font baisser le prix des maisons, offrant la possibilité aux classes moyennes de vivre dans des demeures qui leur seraient sinon inaccessibles.


21:14 Écrit par chax18 dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bourges, marais |  Partager sur Facebook |

04 janvier 2010

LVDC 13 : les polos Vicomte Arthur

Ceux qui font attention à ma façon de m’habiller ont probablement remarqué ma prédilection pour les polos.

En effet, j’aime leur forme, qui associe la classe d’une chemise à la nonchalance du T-shirt, et exprime pour moi de manière textile la décontraction du jeune homme bien léché – parfois appelé minet – c’est-à-dire tout ce que je m’efforce d’incarner.

Cet article sera donc consacré aux polos Vicomte Arthur. Personnellement, j’ai un faible pour Ralph Lauren – dont je ne possède qu’une chemise, achetée dans un magasin de fripes japonais et qui porte un subtil imprimé d’ananas sur un bleu profond. La boutique tokyoïte de Ralph Lauren, sur le boulevard Oomotesandoo, est elle-même particulièrement soignée – on se croirait, quoique la marque soit américaine, dans la maison de campagne (ou le manoir) d’une famille anglaise, ou européenne après tout, avec ses hauts plafonds, ses parquets, son entrée en marbre blanc et son élégant escalier double qui mène à l’étage où sont exposés les vêtements féminins.

Mais les polos Vicomte Arthur sont tout autre chose. Classes eux aussi, ils sont caractérisés, d’une part, par les jolies rayures rose pâle à l’intérieur du col, et d’autre part par le choix agréable des couleurs ; l’intérieur des manches ou du haut du col, ainsi que le revers, est d’une couleur vive qui contraste spectaculairement avec celle, généralement primaire, de l’extérieur. Le tout est complété – kitsch ultime – d’un petit écusson VA, l’emblème de la marque (mon professeur de marketing applaudirait ce choix, qui non seulement s’exporte bien, comme on le verra plus loin, mais en plus permet de créer un logo immédiatement reconnaissable tout en restant simple, ce qui est l’essence du polo).

Ce qui me pousse à évoquer aujourd’hui les polos ‘VA’, c’est la façon dont j’ai connu leur marque. J’étais un soir chez mon amie Célia, qui habitait alors – vivait serait un terme plus adapté – chez ses parents. La mère de Célia, une femme admirable, travaille dans LE collège-lycée privé de Bourges : Sainte-Marie – Saint-Dominique. Ce lycée, dans ses murs historiques en pierre (pas comme le lycée Alain-Fournier, délogé de sa position centrale et de sa cour napoléonienne par une école d’art pour se retrouver dans un monstre de béton de la zone HLM) entre deux petites rues du vieux centre, recèle une bonne partie de la population huppée de Bourges. Trois groupes y sont à remarquer : les familles à particule, les gens friqués, et les autres. Ces trois groupes, plutôt hermétiques, ont fâcheusement tendance de se mépriser mutuellement.

La télévision, momentanément allumée chez mon amie, diffusait ce soir-là un reportage de Capital sur les riches héritiers qui, au lieu de (ou en complément de) passer leur temps à boire du champagne sur des yachts au milieu de l’Atlantique, font fructifier leur capital pour ensuite boire encore plus de champagne sur des yachts encore plus longs et plus luxueux.

C’est ce reportage qui porta premièrement mon attention sur les polos Vicomte Arthur. Créée fort justement par un vicomte prénommé Arthur (mais vicomte de quoi, alors, je ne me rappelle plus), cette marque ne mettait alors à la disposition du public que deux points de vente : une adorable petite boutique – une boutiquette si je peux me permettre – à Paris, et une autre petite boutique probablement beaucoup plus tape-à-l’œil à Palm Beach, en Floride, où le frère d’Arthur a monté lui-même une entreprise spécialisée dans l’événementiel people.

Dois-je préciser qu’en allant baver devant le site internet de Vicomte Arthur, j’ai pu observer mainte expression sournoise et insolemment fière de la part de mannequins choisis pour illustrer au mieux, incrustés dans un décor évoquant au maximum l’argent, cette jeunesse dorée qui est riche et qui le vaut bien ?

La mère de mon amie était particulièrement énervée par le reportage parce que le vicomte, non content d’être bourré de fric et de vendre à des prix honteusement élevés des bouts de tissus (ils vendent des écharpes aussi), expliquait préférer rester « en bonne compagnie », c’est-à-dire éviter la roture et ne fréquenter que des individus de sang bleu. Elle lança alors : « oui, il me semble bien que j’ai son cousin au collège, au vicomte ; un vrai petit crétin ! Ils ont fait de ces polos leur signe de ralliement, je les reconnais. »

Elle me défendit par la même occasion de jamais me présenter devant elle affublé de pareil accoutrement ; de toutes façons, radin dans l’âme, j’achète la plupart de mes bien-aimés polos en solde, dans des magasins de hard discount ou chez Tatie.


11:02 Écrit par chax18 dans Shopping | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : polos, vicomte arthur, mode |  Partager sur Facebook |

02 janvier 2010

LVDC 12 : Bourges - une introduction

Cet article est le premier d’une série que je compte consacrer à Bourges, ville où (pour les rares qui ne savent pas) je suis né, et pour laquelle j’éprouve, comme l’a si bien formulé à propos de son pays une Italienne que j’ai rencontrée à Berlin, « un mélange d’amour et de haine ».

Pour ce premier article sur Bourges, je vais m’en tenir à mes connaissances solides et factuelles sur la ville. Je compte, dans un futur proche, vous communiquer des données (encore) plus subjectives et davantage orientées sociologie.

Quelques faits d’abord : située à 250 kilomètres au sud de Paris, chef-lieu du département du Cher, Bourges est la troisième plus grande ville de la région Centre avec 80000 habitants (en comptant la banlieue !). C’est aussi le siège de la meilleure école d’ingénieurs de la région, l’ENSI Bourges – une des deux seules écoles à proposer une spécialité sur les risques industriels – qui dépasse Centrale Lille en moyenne du salaire à la sortie, et qui certes n’a pour seule concurrence régionale que Polytech’ Orléans et Polytech’ Tours (dont je ne dirai cependant aucun mal puisque mon frérot y est, et que je l’ai encouragé à y aller). Bourges est également, derrière Tours, la deuxième ville la plus animée de la région. Sans vouloir avoir l’air d’un rabat-joie, ça veut tout dire !

Il faut savoir que Bourges a connu son âge d’or il y a vingt-cinq siècles. La ville (gauloise à l’époque) était plus grande il y a 2500 ans que maintenant ! Avaricum, comme l’appelèrent les Romains, était si belle et si puissante que ses habitants refusèrent la méthode de la « terre brûlée » pratiquée par Vercingétorix, qui consistait à brûler villes et provisions avant l’arrivée de l’armée romaine afin d’en affamer les soldats. Voyez à ce propos l’éblouissant film Vercingétorix, avec Christophe Lambert dans le rôle principal (dans le film, ils disent Bourges, alors que ce nom n’est apparu beaucoup plus tard – il viendrait de la tribu des Bituriges, qui prirent la ville à l’Empire Romain – et le film a probablement été tourné au Canada, mais ça ne fait rien). Bien évidemment, César réussit tout de même à prendre la ville, et devinez quoi – César a tout brûlé et a tué tous les habitants. Peu importe, la ville a depuis été détruite presque totalement plusieurs fois. Le plus vieux monument qui reste debout est le mur d’enceinte gallo-romain qui date du 1er siècle après Jésus-Christ, parfois en tant que mur libre, souvent réutilisé comme appui par des maisons ou des monuments historiques comme le palais Jacques Cœur. D’une manière générale, si vous creusez un trou à Bourges, vous allez remonter le temps et traverser les ruines de cinq ou six villes entassées les unes sur les autres. Notamment, les riches habitants du vieux centre qui font creuser des piscines déterrent systématiquement des squelettes ; ces bons vieux Gallo-Romains finissent généralement dans les ordures afin de ne pas attirer les archéologues redoutés. Une amie de mes parents, ayant acquis un terrain nu (rare) en centre-ville avait renoncé à toute cave ou vide sanitaire afin d’éviter les problèmes ; les archéologues sont venus quand même, cherchant un cimetière juif du XIIIème siècle qu’ils savent enterré quelque part dans ce coin. Heureusement pour elle, ils ne l’ont pas trouvé (il doit être en-dessous de chez les voisins) ; ils ont creusé, sorti ossements et fragments de poteries, ont tout étiqueté… et tout ré-enterré ! Eh oui, le sol protège ces objets ô combien précieux pour l’humanité de l’oxydation sans coûter un max aux musées.

Aujourd’hui, la ville est connue (un peu, et hors de Paris) pour son festival de musique, le Printemps de Bourges, qui attire depuis trente ans des artistes connus et inconnus pour une semaine pendant les vacances de Pâques ; le plus agréable pendant ce festival est de prendre un verre en terrasse en écoutant un groupe de rock amateur. Mais au final, le Printemps c’est ennuyeux parce que pendant une semaine, la ville est envahie de plein d’étrangers, de gens bizarres avec des chiens (genre clodos en treillis militaire) et à cause des stands de bana-banas, on ne peut pas circuler correctement.

Bourges est dotée d’un réseau de bus (presque 20 lignes), qui passent toutes les 20 minutes (en semaine, aux heures de pointe), qui sont tellement inefficaces que depuis chez moi on a aussi vite fait d’y aller à pied, et du coup tous ceux qui peuvent se déplacent en voiture. Le centre-ville, moyenâgeux, n’a pas été prévu pour une telle circulation, et les rues sont saturées. En été, l’air est presque irrespirable à cause des gaz d’échappement qui restent et se concentrent en raison de la sécheresse, et l’on peut même parfois voir de la brume ; en hiver, les façades crépies du début XXème sont grises et sales et les pierres calcaires blanches posées sur les trottoirs lors des travaux récents (et au demeurant très jolies) sont particulièrement glissantes.

Au XIXème siècle, lors du développement du réseau ferré, Bourges refusa de devenir la plaque tournante de la région – la vieille bourgeoisie locale ne voulant pas du bruit occasionné – et c’est Vierzon, crée à partir de quatre villages pour l’occasion, qui profita de la Révolution industrielle. Tant mieux, puisque depuis l’effondrement de l’industrie au XXème, elle souffre d’un des taux de chômage les plus élevés en France – et aussi du plus grand nombre de sympathisants communistes : 20% de vote PC aux dernières élections présidentielles. Bourges fut cependant choisie par Napoléon pour installer les usines d’armement ; Hitler fit faire un écart à la ligne de démarcation (qui autrement suivait la Loire) pour récupérer ces infrastructures en zone occupée. Aujourd’hui encore, Bourges est un pôle militaire – même mon papa travaille à la DGA – mais peu à peu tout est délocalisé vers Paris – même mon papa, qui va à Paris deux fois par semaine – et le site est reconverti en bureaux, école d’ingénieurs, etc.

La seule chose qui sauve Bourges, c’est son patrimoine culturel, ses marais qui offrent une belle oasis de verdure, et le fait que le Berry, dont elle est la capitale, est si rural : Bourges est la plus grande ville à plus de cinquante kilomètres à la ronde. Elle dispose par conséquent de toutes les installations du département, ressources administratives, bibliothèques, cinémas (Mega CGR 12 salles), patinoire, maison de la Culture (la première de France, inaugurée par Pompidou avant qu’il soit président), restaurants chinois, et plein de boutiques !

 
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