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06 février 2010

LVDC 18 : Que serais-je sans toi ?

Je viens de terminer le dernier livre de Guillaume Musso, Que serais-je sans toi ? dont ma tante Géraldine (celle qui a les cabriolets, cf. un de mes articles précédents) m’avait prévenu en me le prêtant que c’était un livre pour midinettes – mais qu’elle avait adoré. Moi j’avais lu le premier chapitre sur un dépliant peu avant sa sortie, alors évidemment je voulais savoir la suite, et puis, je n’étais plus à un livre de midinette près.

De ce côté-là, j’ai été servi. C’est mièvre, mon Dieu, que c’est mièvre ! Ca dégouline de bons sentiments, et puis en plus c’est cliché. Presque chaque élément de décor a droit à son qualificatif, on retrouve des noms de marques (chics ou pas) et d’objets caractéristiques de notre époque et qui feront mal vieillir le livre, le rendront obsolète quand ils périmeront. Les personnages sont tellement clichés eux aussi – le mec d’abord, un jeune policier tout droit sorti d’une série française, avec sa veste en cuir, sa belle gueule, sa barbe de trois jours et ses cicatrices secrètes, qui est passé par la brigade des stups’ et travaille au quai des orfèvres. Mais voyez-vous, « il n’est pas comme les autres », il a même une licence en histoire de l’art et un prix de violon. Comme c’est touchant ! La fille, l’archétype de la nunuche emmerdeuse fadasse qui cherche à être originale avec son hydravion et sa maison sur pilotis. Je n’ajouterai rien de plus sur elle, d’ailleurs. Enfin, le voleur. D'accord, il aurait pu y avoir un vague suspense si le crétin qui a écrit la quatrième de couverture n’avait pas révélé qu'il est le père de la fille. Une espèce d’Arsène Lupin de l’art, qui vole des tableaux pour le plaisir, sans violence, avec un passé lourd derrière lui, une voiture de James Bond, des maisons luxueuses partout. Comme si les histoires de voleur intéressaient encore qui que ce soit ! Vous remarquerez que je ne suis pas très élogieux. Et pourtant…

Voilà. Je vous ai eu avec le coup des points de suspension. Vous commencez une phrase, de préférence par le mot et (ce que ma maîtresse m’a toujours défendu), vous faites suivre d’un si, pour le conditionnel, ou d’un pourtant, pour contredire, ou encore d’un autre modérateur, bref vous commencez à suggérer quelque chose, et puis vous ne finissez pas votre phrase (évidemment, de toutes façons vous n’avez rien à suggérer) et vous laissez rêver les gens, ils se font leur film tout seul. A ce sujet je pense à plein de répliques qui en parlent mieux que moi : le méchant de Millénium qui explique au journaliste qu’un peu d’humanité, et les femmes qu’il étrangle s’imaginent qu’il ne va pas les tuer finalement, le pistolero de La Tour Sombre qui sait que le meilleur moyen de persuader quelqu’un, c’est de juste le mettre sur la voie et de le laisser se persuader tout seul, et bien d’autres.

Le pire dans tout ça, c’est que ça marche. On sympathise avec ces personnages de théâtre, on tombe amoureux du beau policier et on lit page sur page pour être sûr qu’il va bien finir avec la belle Gabrielle. Vous remarquerez que j’écris à la troisième personne, je dois avoir trop honte, inconsciemment, de me faire avoir par de telles bêtises. Et puis merde, après tout, moi aussi je veux prendre l’avion en première pour San Francisco et rouler sur la corniche dans une voiture rouge décapotable ! Et je donnerais même une mention spéciale à Musso pour la pirouette finale, qui vient égayer le livre et donne un peu de suspense quant au dénouement, s’il n’avait pas piqué en partie l’idée à J.K. Rowling à la fin de Harry Potter (qui l'avait d’ailleurs peut-être volée à quelqu'un d’autre ; mais de toutes façons Harry Potter a cette élégance, en plus d’être bien écrit, de remettre au goût du jour et d’assembler en un univers cohérent de nombreuses idées et de vieilles croyances populaires).

C’est dingue, je suis sûr que moi aussi, je pourrais écrire un livre si je n’en avais pas la flemme. Je pourrais voler une célébrité et une carrière, les gens m’encenseraient et je passerais mes soirées à boire du Martini sur la Côte d’Azur. Et à lire des livres pour midinettes…

05 février 2010

LVDC 17 : capitalisme et sacs en plastique

J’ai assisté récemment au Forum E-Marketing de Paris. Si beaucoup de choses que j’y ai vues on été très enrichissantes (vous pouvez voir mon résumé complet sur le blog de la chaire e-commerce de l’Ecole Centrale de Lille), je vais consacrer cet article à une réflexion qui me trotte dans la tête depuis un certain temps déjà, mais qui m’a une fois de plus frappé : le capitalisme, c’est quand même un beau système.

J’ai écrit dans un de mes premiers articles que si j’ai des idées à mon sens assez bien formées sur beaucoup de choses, je ne prétends pas avoir la légitimité de les transmettre (et puis je ne voudrais pas perdre mes lecteurs adorés !). Aussi, je vais évoquer le sujet glissant du capitalisme sous un angle transversal.

Lors de l’assemblée plénière qui ouvrait le salon, Jérôme de Labriffe, de la société IAB, déplorait l’ingérence des législateurs (en l’occurrence le gouvernement français et la commission européenne) dans les affaires des entrepreneurs de l’Internet. Il ajoutait que, si effectivement le Web a besoin d’être régulé, une auto-régulation est cent fois préférable à un arbitrage fait de lois.

C’est justement cette auto-régulation qui m’émerveille ; on l’observe assez bien sur Internet puisque tout y va plus vite, mais elle est pour moi caractéristique du libre-échange. On a souvent dit que le capitalisme, c’est la loi de la jungle. Je suis d’accord. J’irai même plus loin : c’est la loi de l’évolution. Et de même que les plus forts – les plus viables – survivent au détriment des plus faibles, on observe dans la nature aussi une auto-régulation, un équilibre (qui n’a rien d’absolument permanent mais peut perdurer des dizaines de milliers d’années). Prenons un exemple, entre des prédateurs et des proies. Les populations de loups et de caribous du Grand Nord se limitent d’elles-mêmes : quand il y a beaucoup de caribous, les loups se multiplient, de sorte que les caribous se raréfient ; les loups meurent alors de faim, les caribous se multiplient, et les loups survivants ont de quoi festoyer. Au passage, cet exemple est tellement bien huilé qu’il a été copié par les informaticiens sous le nom (trop ?) évocateur de modèle prédateur-proie.

A une échelle plus vaste, les concepts, les modèles économiques, les commerçants, à l’instar des espèces, évoluent : prenez la publicité sur Internet par exemple. Il n’y a pas si longtemps, on se faisait enquiquiner toutes les cinq minutes par ces satanées fenêtres « pop-up » qui s’ouvraient sans qu’on ne leur ait rien demandé. Certains navigateurs ont commencé à les bloquer ; la pratique se généralisant, les sites ont cessé d’en faire afficher – l’espèce s’est éteinte – et les ont remplacées par les bannières sur la page, par les espaces de publicité vidéo qui précèdent certaines vidéos que l’on veut regarder ou certaines musiques que l’on veut écouter sur des sites comme Deezer. Elles ont colonisé les réseaux sociaux, comme autant d’oiseaux et d’espèces marines viennent naturellement s’installer sur une île volcanique jaillie des profondeurs de l’océan. Prenant au passage de nouvelles formes : fanpages, communiquant auprès de leurs fans, vidéos broadcastées sur Youtube et relayées d’un média à un autre…

Evidemment, cette auto-régulation a ses limites, et l’évolution n’est pas linéaire. Nous commençons à être habitués à ces fameuses crises économiques – la crise de 29, les chocs pétroliers, les subprimes pour citer les plus célèbres. Presque à chaque fois, tout le monde prédit la fin du capitalisme. Il se passe la même chose dans la nature : l’histoire de l’évolution est marquée de grandes crises, dont la plus emblématique (mais pas la plus importante) a causé la disparition des dinosaures, et qui à chaque fois ne laissent que peu de survivants. On pourra objecter (je vais d’ailleurs m’en occuper tout de suite) que ces crises ont vraisemblablement été causées par des éléments extérieurs (un changement climatique d’origine géologique, une grosse météorite, etc.) alors que nos crises proviennent souvent de certaines « espèces » comme les dettes dégénérées en subprimes par la spéculation (mais ne me demandez pas de vous expliquer le mécanisme ; à la limite, si vous pouviez me l’expliquer dans un commentaire, ça m’arrangerait ainsi que les autres lecteurs). Mais ce qui est important, c’est que dans les deux cas, le résultat est une situation difficile qui cause la disparition de beaucoup d’espèces, qui sont ensuite remplacées par d’autres, comme les mammifères et les oiseaux ou les énergies renouvelables.

Pour conclure sur une note positive, ce qui est magnifique, c’est que même les interventions du législateur (qui sont autant de pluies de météorites sur la planète du commerce) sont parfois une aubaine pour l’industrie dans un système à tendance libre-échangiste. L’exemple qui m’a suggéré le titre de cet article (vous en aviez la bave aux lèvres, avouez-le) date d’il y a quelques mois (années ? je me fais vieux…) : il s’agit de la disparition des sacs en plastique dans les supermarchés. Les clients en ont d’abord été tout chamboulés – ben oui, fallait penser à emmener un sac, un cabas, n’importe quoi – et les magasins ont aussi été confrontés à des clients obligés de limiter leurs achats faute de sac assez grand pour tous les ramener. Pire, on pouvait emmener sciemment un petit sac pour ne prendre que l’essentiel, et alors toutes les têtes de gondole et autres super-promos devenaient inutiles. C’est alors que quelques industriels ont eu l’idée de génie de proposer ces grands sacs en plastique si pratiques : grands, solides, maniables et bon marché (et en plus, s’ils sont cassés, on peut même les échanger… sérieux, vous avez déjà essayé, vous ?). Ils font eux-mêmes tourner une industrie prospère, des usines, des gens, tout un nouvel écosystème économique. Je ne suis pas certain que cela aurait été possible, par exemple, dans une économie planifiée. Et puis, comme le format du sac varie peu d’une grande surface à l’autre (compatibilité oblige), les magasins et les marques spécialisées proposent une vaste gamme de motifs et de couleurs pour satisfaire toutes nos envies !

 

04 février 2010

LVDC 16 : la fausse pièce de 20 centimes

Ce lundi après-midi, à la pause (bien méritée) de 15h après deux difficiles heures de TP de… de quoi déjà ? Ah oui, deux difficiles heures de TP de Java (un TP sur les tests, le prof n’utilisait pas le même environnement de développement que nous et on a donc passé la majeure partie du temps pendant lequel j’étais attentif à résoudre un bug mineur dû à une fonctionnalité qui n’était pas tout à fait la même entre Eclipse et Netbeans). Bref, à la pause, mon binôme, Clément, me demande de la monnaie pour s’acheter un café. J’extirpe alors de ma poche une misérable pièce de vingt centimes (mais où est donc passée la grosse pièce de deux euros qui s'y trouvait hier ? ça alors…) et la lui tends. Mon deuxième binôme, Samuel, avec qui j’ai d’excellentes conversations - dont je ne vous ferai pas partager le contenu, sans quoi les logiciels de contrôle parental vous censureront mon blog - l’aperçoit et décrète : « elle est fausse. » Je dois dire ici – mais ce n’est que mon opinion – que mon Samuel adoré a parfois tendance à voir le mal partout. Je lui demande de s’expliquer, et il sort alors à son tour une pièce de vingt centimes et me montre par A+B que la mienne est fausse. Notez bien que comme la sienne était française et la mienne belge (enfin, soi-disant, après il est difficile de dire d’où provient la copie), nous n’avons pu comparer que le côté marqué 20 (je n’ai jamais été capable de déterminer si c’est pile ou face).

D’abord, la partie de cette face où le chiffre est écrit est en léger relief, de sorte qu’une ligne la sépare du bord de la pièce. Ensuite, les étoiles et les traits autour du dessin de l’Europe ne sont pas disposés exactement pareil sur les deux, et le dessin déborde un peu plus du côté droit sur la fausse. A ce stade de l’article, je vous conseille vivement de vous munir vous-même d’une pièce de vingt centimes, sans quoi vous risquez de ne pas bien voir. Enfin, la différence la plus importante – puisqu’elle permet d’affirmer que c’est bien ma pièce et non la sienne qui fausse – saute aux yeux quand l’on compare les dessins de l’Europe. Encore une fois, le terme Europe est imprécis : sur ma version, c’est le « continent » européen qui est représenté (jusqu’à une ligne verticale qui prolonge peu ou prou la frontière entre la Finlande et la Russie) ; sur la vraie pièce, les pays sont éclatés et seuls ceux de l’Union Européenne (à 15, soit avant l’élargissement) sont représentés. Ce qui semble plus logique, encore que l’on aurait pu se contenter des pays de la zone euro, même si la volonté politique derrière cela est d’inciter les autres pays membres à adhérer à l’Euro (mais quid des autres pays que l’on veut inciter à devenir membre et de l’UE et de la zone Euro ? Encore une fois c’est le bazar leur truc). Un examen sommaire de l’autre face montre la présence d’un sigle BE sous le A couronné. Il me semble que les pièces belges n’en ont pas, encore que cela eut été plus logique. Mais les Belges n’ont pas la même logique que nous, c’est bien connu.

Samuel et moi-même nous sommes demandés d’où pouvait provenir cette pièce. Nos soupçons se portent à ce jour sur un petit groupement de boutiques (boulangerie, kebab et téléphonie) dont j’ai déjà parlé dans un autre article sur ce blog, et qui a l’avantage de se faire souvent payer en liquide et a ainsi beaucoup d’occasion de rendre la monnaie.

Pour finir, et c’est la question qui m’obsède le plus, qui, mais qui a bien pu avoir l’idée de fabriquer de fausses pièces de vingt centimes ?

 
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