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08 janvier 2013

LVDC 25 - PMA : Bioéthiqe vs. Santé publique

Un jour, même des pays neutres comme la Suisse, dont il était question dans un article antérieur, doivent prendre position. Aussi, même si ce blog a initialement pour but de vous divertir de mes délicieuses anecdotes, pour cet article je veux assumer un peu mes vues pour une fois.

Le Diable s'habille en PMA : et la santé dans tout ça ?

Depuis quelque temps, nos amis anti-mariage gay, sentant leur défaite arriver, se replient sur ce qu’ils peuvent, en l’occurrence l’accès des couples de même sexe à la procréation médicalement assistée, ou PMA. Pire, de nombreux députés du Parti Socialiste, pourtant censés s’unir autour du projet de loi, font défection – j’ai envie de me tromper de mot et écrire « défécation » tellement cela me dégoûte. Mais au-delà de tout clivage politique, mon intention ici est de citer un argument que personne n’a encore énoncé, ou du moins sur lequel personne n’a insisté suffisamment : la santé. 

En effet, sur le plan de l’éthique, tout a plus ou moins été dit, et surtout, comme notre pays démocratique autorise nombre d’opinions différentes (et c’est sa force), s’entendre sur le bien et le mal est assez difficile, ce qui rend tout débat sur l’éthique très long et pas forcément productif ; en revanche la santé ne peut être ignorée que par un très petit nombre d’intégristes.

Mais passons aux choses sérieuses : les arguments.

Scoop : les lesbiennes peuvent déjà concevoir des enfants !

Comme on l’a souvent rappelé aux opposants à la famille homoparentale, des couples de mecs ou de nanas avec des enfants, il y en a déjà beaucoup. Pas forcément autant qu’il y en aura à l’avenir, mais suffisamment pour les compter dans la population. Et parmi ceux-là, il y a notamment des couples de lesbiennes qui ont élevé des enfants ensemble sans les avoir adoptés, et sans pour autant qu’ils aient été conçus lors d’une précédente union : bah oui, il leur a suffi d’aller en boîte de nuit ou dans un bar, et de coucher avec le premier mec bourré venu (ou éventuellement le sélectionner sur son apparence physique, son habileté à la danse, son sens de l’humour s’ils ont discuté…). C’est aussi simple que ça.

PMA, mec bourré

Autrement dit, sans mariage, sans adoption, sans insémination artificielle, il a toujours été possible aux femmes – qu’elles soient lesbiennes ou pas, en couple ou pas – d’avoir tous les enfants qu’elles veulent. L’un de mes amis a d’ailleurs été conçu ainsi, et ne subit aucune séquelle particulière – au contraire, c’est un garçon charmant, et ses mamans aussi sont charmantes.

Mais mon point ici n’est pas l’habileté des couples à élever leurs enfants : mon point c’est qu’à l’heure actuelle des couples de femmes enfantent déjà par voie biologique. Et je reconnais qu’il est injuste que les couples de mecs ne puissent pas faire pareil, mais quand bien même la PMA serait autorisée pour les couples de femmes et pas les mères porteuses pour les couples d’hommes, ce ne serait pas plus injuste qu’aujourd’hui. 

Par contre, si tous les problèmes qu’engendrerait la PMA sont déjà là (ou pas d’ailleurs en fait), j’en vois d’autres, pour les mères comme pour l’enfant, qui ne surviendraient pas si la PMA était légalisée (et je ne parle pas seulement du fait que l’enfant risque de se retrouver avec les gènes d’un connard alcoolique). 

Du clash psychologique au VIH sérologique

D’abord, il y a le problème psychologique que peut rencontrer la mère quant à la conception : en effet, et j’en suis bien le premier étonné, tout le monde n’aime pas se faire pénétrer par un pénis. Eh oui, les lesbiennes ne sont pas forcément des féministes qui poussent le bouchon un peu loin, pour certaines femmes, se prendre une bite dans le vagin c’est aussi traumatisant que pour un mec hétéro de s’en prendre une dans le cul (histoire de parler crûment). Certaines ne le peuvent pas du tout (et ne peuvent donc avoir d’enfants seules), certaines le porteront à vie.

Deuxième problème psychologique, surtout pour un couple fidèle : le sexe hors union. Là encore, certains couples risquent d’être mis en danger par le fait que l’une ou les deux partenaires doivent coucher avec quelqu’un d’autre, qui plus est un homme – comme on pourra prochainement le voir dans un très beau film de Barbara S. Müller, c’est-à-dire, dès qu’elle aura fini le montage. Le gamin risque ainsi de naître dans un couple fragilisé, voire détruit (mais peut-être que Christine Boutin préfère voir des enfants élevés par des mères célibataires au cœur brisé que par deux mères amoureuses ?).

Surtout, il y a un problème de santé majeure : concevoir un enfant avec un inconnu rencontré en boîte de nuit implique d’avoir des relations non protégées avec ledit inconnu, voire avec plusieurs d'entre eux (ben oui, avoir des enfants ça ne marche pas forcément au premier 'coup'...). Dans le contexte actuel, c’est très dangereux – et sans vouloir généraliser, si le mec se laisse facilement persuader de baiser sans capote, il y a moyen que la future maman ne soit pas la première et que le mec ait été totalement inconscient depuis pas mal de temps et de partenaires et ait choppé tout plein de maladies. Notamment le VIH, qui peut se transmettre au bambin si la mère n’est pas traitée suffisamment tôt – et hélas, les homos hommes comme femmes ne sont pas forcément beaucoup plus intelligents ni moins inconscients que les hétéros.VIH, Carla Bruni

Enfin, puisqu’on parle de l’enfant, et qu’après tout si on le fait, c’est qu’il est important, il y a aussi des problèmes psychologiques pour lui : outre le fait que s’il demande qui est son géniteur, on devra lui répondre « oh c’était un mec bourré en boîte de nuit » au lieu de « c’était forcément un gars bien, il a donné son sperme pour que tu puisses naître », il devra subir les éventuels problèmes psychologiques et/ou de santé de ses mamans. Pire, sachant que c’est pour le concevoir qu’elles ont couru tous ces risques, il aura beau se dire qu’elles l’ont vraiment désiré (et pas juste qu’elles ont oublié la capote et que Belle-Maman était catho anti-avortement), il risque d’en concevoir une certaine culpabilité qui nuira à son développement bien plus qu’une conception sans orgasme.

Conclusion

Finalement, c’est un peu comme les débats sur l’avortement : au-delà de toute considération éthique, avant sa légalisation, de nombreuses femmes se faisaient avorter, mais le plus souvent dans des conditions de fortune qui les mettaient bien plus en danger que les procédures médicalisées. La différence majeure c’est que dans le cas de la PMA, on ne veut pas détruire une vie avant qu’elle ne commence, mais au contraire faire venir un petit être au monde.

Je n’ai rien de plus à ajouter. Maintenant, cher Législateur, vous avez le choix : soit vous empêchez les relations sexuelles non protégées avec des inconnus, ce qui ne sera pas aisé ; ou bien, vous ajoutez à une telle interdiction la mesure supplémentaire de faire avorter toute femme qui ne pourrait justifier de son union avec un homme, ce qui ne plaira ni aux féministes ni aux catholiques pro-life ; ou bien vous enlevez à ces mères la garde de leurs enfants, ce qui ne plaira pas davantage aux féministes et privera les enfants de leur mère en plus de leur géniteur (mais peut-être que les bien-pensants préféreront voir les gamins placés plutôt qu’élevés par des goudous et/ou des femmes célibataires ?). Ou alors, vous prenez vos couilles à deux mains, et vous faites ce qui est nécessaire pour la santé de vos compatriotes, quelles que doivent en être les conséquences sociales ou politiques.

 

 


12:58 Écrit par chax18 dans Santé, Science | Lien permanent | Commentaires (0) |  Partager sur Facebook |

12 janvier 2010

LVDC 15 : l'entropie, un beau bordel

Si vous êtes familier avec la physique, ou si vous lisez de la science-fiction, vous avez sans aucun doute déjà croisé le terme « entropie ». Les ouvrages de vulgarisation, comme Science & Vie (que j’ai cessé de lire le jour où j’y ai lu des articles qui simplifiaient horriblement mes cours de prépa), indiquent souvent au détour d’une ligne qu’il s’agit d’une « mesure du désordre ». Et vous expliquent dans la foulée que, par exemple, un gaz aura une entropie plus élevée qu’un liquide parce que ses molécules ont un mouvement plus désordonné. Si cette vision des choses (qui depuis des décennies a engendré chez les jeunes élèves des blagues nazes comme « je vais essayer de réduire l’entropie de ma chambre » ou bien « l’administration de cette école présente une très forte entropie ») n’est pas totalement fausse, moi je trouve que ce qui est désordonné, c’est cette histoire d’entropie.

L’entropie est une grandeur physique issue de la thermodynamique et développée par Gibbs. Pour les non-scientifiques qui liraient ce blog (et pour les scientifiques qui [ont oublié/n’ont jamais rien compris] à la thermo), un petit rappel de physique s’impose !

La thermodynamique (deux qui la tiennent, trois qui la ni***) est une discipline qui étudie les échanges de chaleur au sein des fluides (liquides ou vapeurs). C’est grâce à elle que l’on a mis au point votre réfrigérateur par exemple. Les étudiants de classes préparatoires ont l’immense joie d’en apprendre trois Principes (j’ignore s’il en existe d’autres, et je ne veux pas le savoir) :

Le premier principe stipule qu’à tout système (une quantité de fluide à laquelle on s’intéresse), on peut associer une fonction d’état (c’est-à-dire qui prendra toujours la même valeur pour les mêmes conditions du système – car oui, il existe des fonctions qui ne prendront pas les mêmes valeurs ; mais là tout se passe comme on en a envie) extensive (proportionnelle à la masse du système, donc si vous prenez un système deux fois plus lourd, vous en aurez deux fois plus) dont les variations lors d’une transformation sont égales à la somme du travail (action mécanique) et de la chaleur que l’on communique au système. Cette fonction est appelée énergie interne. Par exemple, si vous chauffez de l’eau dans une casserole, vous lui apportez une certaine quantité de chaleur, et son énergie interne augmente d’autant. Vous pouvez aussi lui faire perdre de l’énergie interne en mettant dedans un bol contenant du chocolat, qui va fondre en lui prenant de la chaleur.

C’est le second principe qui introduit la notion d’entropie : selon ce dernier, il existe une fonction d’état extensive (encore !) dont les variations lors d’une transformation se décomposent en deux parties : l’entropie échangée (avec un autre système, qui voit son entropie baisser ou augmenter d’autant) et l’entropie créée lors de la transformation. Ce que vous devez savoir, c’est que l’entropie (tout comme l’énergie interne) est une grandeur physique avant tout utilitaire : là où la masse d’un système, par exemple, se conçoit bien comme « palpable » et nous donne l’impression de comprendre le monde, cette cochonnerie d’entropie sert essentiellement à faire des calculs. Vous savez autant que moi que le désordre, c’est relatif…

Le troisième principe donne à l’entropie, qui n’est définie par le second principe que de manière différentielle, un repère (une origine, un zéro quoi) issu de la thermodynamique statistique : un système dont la température vaut zéro degrés Kelvin (i.e. -273°C, aussi appelé zéro absolu parce qu’une température plus basse n’aurait pas de sens au niveau physique - avec les mains, la température est liée à l’agitation moléculaire, et à 0°K, les molécules ne bougent plus) a une entropie nulle.

Une fois que les scientifiques ont eu défini complètement cette magnifique entropie, ils se sont dépêchés de bricoler des relations pour l’intégrer à leurs modèles : ils ont pour cela relié ses variations par rapport à celles de l’énergie interne et de l’enthalpie (une autre énergie fonction d’état extensive qui sert à faire des calculs), à la pression et la température via des identifications douteuses entre des termes homogènes (i.e. de mêmes unités). S’ensuivent tout plein de relations, que l’on s’empresse d’utiliser pour répondre à des questions comme « calculer la variation d’entropie » ou ce genre de choses super intéressantes (856 kJ/kg/K, t’es content, hein !).

Là où ça devient stimulant pour les écrivains et les scientifiques, c’est que l’entropie créée a une particularité : elle ne peut être que positive, c’est-à-dire qu’elle est créée à partir de rien. Nada ! La génération spontanée, dans notre bonne vieille physique cartésienne où tout se transforme, ça fait « désordre... » En effet, si vous prenez comme système l’univers entier, celui-ci ne peut échanger d’entropie avec rien d’autre ; son entropie, lors de réactions internes, ne peut alors plus qu’augmenter. Augmenter, augmenter, augmenter sans fin vu qu’il n’a aucun système à qui la donner ! Dès lors, on peut en imagination s’en donner à cœur joie : et si cette entropie venait de quelque part ? Et si je pouvais, via certaine réaction alchimique, faire disparaître de l’entropie ? Si, de même que les hypothétiques fontaines blanches reliées aux trous noirs (légèrement hypothétiques eux aussi d’ailleurs) expulsent la matière que ceux-ci absorbent, il existait des trous d’entropie qui la capturent et la fournissent à toutes ces réactions qui ne peuvent qu’en créer ? Vous voyez, il y a cinq minutes c’était complètement abstrait pour vous et déjà, vous vous représentez des flux d’entropie qui voyagent dans l’espace comme autant de filets de brume…

Il faut quand même reconnaître une signification physique à l’entropie – en dehors, il est vrai, que dans des conditions égales un système gazeux a tendance à avoir une entropie plus élevée qu’un système à l’état liquide. Quand on soustrait à la variation totale d’entropie la quantité issue de l’échange avec un autre système, on obtient la quantité créée ; celle-ci, si elle ne peut être strictement négative, peut cependant être nulle. Si elle ne l’est pas, alors la transformation est irréversible : par exemple, si vous faites fondre un glaçon dans un verre d’eau, vous ne pouvez pas inverser la transformation et réunir les mêmes molécules d’eau dans le même ordre pour le reconstituer et le faire émerger à la surface de l’eau (ou du Martini).

Tout ça pour vous dire que, si c’est vous qui corrigez l’examen que je passerai mercredi, j’ai bien compris la leçon et je mérite de valider, cette fois-ci…

 
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