Avertir le modérateur

10 janvier 2010

LVDC 14 : Bourges - chaussée de Chappe

La maison où j’ai passé la majeure partie de mon enfance et de mon adolescence est située au bord d’une voie nommée Chaussée de Chappe.

Cette route, l’axe le plus fréquenté du département du Cher (en raison notamment des magasins Lidl et Carrefour présents à ses deux extrémités), est également une digue qui traverse les Marais situés au Nord-Est par rapport à la colline de la vieille ville, marais qui la protégèrent pendant longtemps – notamment contre César, puis contre les barbares. Aménagés au Moyen Âge en jardins par des moines dont il reste un délicieux couvent en forme de U, ces anciens marécages sont aujourd’hui un poumon vert pour la ville, où les bandes de terre plantées de fleurs et de légumes alternent avec des bras d’eau alimentés par l’Yèvre et les autres rivières plus petites (les spécialistes en comptent sept) qui alimentent Bourges. Ils constituent un agréable lieu de promenade pour les habitants, mais aussi un habitat protégé pour de nombreuses espèces de poissons, batraciens (les grenouilles son particulièrement bruyantes), oiseaux et mammifères aquatiques. Ainsi, il n’est pas rare de voir un héron ou – beaucoup moins gracieux – un cygne prendre son envol, de surprendre un rat gondin nager le long d’une berge ou de repêcher la coquille irisée d’un ormeau, sorte de grand coquillage d’eau douce.

Il n’en reste pas moins qu’aménagés ou pas, les Marais ne sont pas constructibles. Par conséquent, le développement de la ville jusqu’à une période récente se fit dans toutes les directions à partir du vieux centre, sauf dans celle-là ; toute cette zone avait donc encore au début du vingtième siècle l’aspect de la rase campagne la plus charmante.

C’est probablement pourquoi la digue-route est bordée, des deux côtés, par de vastes demeures : appuyées contre les fondations solides de la digue, ou bien sur pilotis comme ma maison, celles-ci étaient pour beaucoup les résidences de campagne de riches berruyers, voire d’industriels plus lointains – la rumeur prétend que c’est l’ancien PDG de Chez Renault qui occupait autrefois une grande maison côté Est, cachée par un mur aveugle et la maison du gardien mais que l’on peut apercevoir en hiver au travers des arbres du parc, et dont le portail laisse souvent passer des voitures pour le moins coûteuses et voyantes.

Outre quelques maisons de petites gens et autres fermettes, de belles villas ornent le trottoir opposé : l’une d’elles, un peu étroite, évoque les stations balnéaires avec son toit pointu, son joli balcon et ses deux bow-windows ; une autre, partagée en appartements, est plus large et plus imposante ; la mienne, construite en meulière, ornée d’une terrasse bordée d’une balustrade (en ciment moulé) et dont les fenêtres sont décorées de pierre de taille et de briques rouges – typiques des constructions des années juste avant et juste après la Première Guerre Mondiale – a vraisemblablement initialement été construite pour un propriétaire terrien, avant d’être morcelée et habitée par trois familles, une par niveau (le grenier servant à l’époque, le crochet en métal sur le pignon en atteste, à stocker les récoltes issues des marais). En face se dresse le château de Chappe, ferme fortifiée protégée par deux tourelles et dont le donjon, agréablement visible depuis chez moi, se reflète sur le lac qui se forme à la place du pré qui le sépare de la route lors des crues annuelles de l’Yèvre. Malheureusement, le pré est aujourd’hui planté de bouleaux, et l’illusion de forteresse autrichienne dominant son lac de haute montagne est fortement dissipée.

Restent quelques constructions plus récentes, comme la maison de l’autre côté de la rivière qui passe le long de notre jardin (et dont nous sommes théoriquement propriétaires, donc responsables, jusqu’au milieu, par conséquent quand la berge s’est effondrée, devinez qui a dû financer les travaux ?), maison assez laide qui a brûlé il y a quelques semaines, ou encore la maison des M***ny, entourée de deux petits cours d’eau, qui cache derrière son mur côté rue un jardin bien aménagé ainsi qu’une grande piscine.

Malgré tout ce faste, fort heureusement pour les riverains (c’est le cas de le dire) et notamment pour mes parents, les nuisances engendrées par le trafic routier (et ce malgré le délestage de nombreux camions sur la rocade qui leur permet depuis quelques années d’éviter la ville) font baisser le prix des maisons, offrant la possibilité aux classes moyennes de vivre dans des demeures qui leur seraient sinon inaccessibles.


21:14 Écrit par chax18 dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bourges, marais |  Partager sur Facebook |

02 janvier 2010

LVDC 12 : Bourges - une introduction

Cet article est le premier d’une série que je compte consacrer à Bourges, ville où (pour les rares qui ne savent pas) je suis né, et pour laquelle j’éprouve, comme l’a si bien formulé à propos de son pays une Italienne que j’ai rencontrée à Berlin, « un mélange d’amour et de haine ».

Pour ce premier article sur Bourges, je vais m’en tenir à mes connaissances solides et factuelles sur la ville. Je compte, dans un futur proche, vous communiquer des données (encore) plus subjectives et davantage orientées sociologie.

Quelques faits d’abord : située à 250 kilomètres au sud de Paris, chef-lieu du département du Cher, Bourges est la troisième plus grande ville de la région Centre avec 80000 habitants (en comptant la banlieue !). C’est aussi le siège de la meilleure école d’ingénieurs de la région, l’ENSI Bourges – une des deux seules écoles à proposer une spécialité sur les risques industriels – qui dépasse Centrale Lille en moyenne du salaire à la sortie, et qui certes n’a pour seule concurrence régionale que Polytech’ Orléans et Polytech’ Tours (dont je ne dirai cependant aucun mal puisque mon frérot y est, et que je l’ai encouragé à y aller). Bourges est également, derrière Tours, la deuxième ville la plus animée de la région. Sans vouloir avoir l’air d’un rabat-joie, ça veut tout dire !

Il faut savoir que Bourges a connu son âge d’or il y a vingt-cinq siècles. La ville (gauloise à l’époque) était plus grande il y a 2500 ans que maintenant ! Avaricum, comme l’appelèrent les Romains, était si belle et si puissante que ses habitants refusèrent la méthode de la « terre brûlée » pratiquée par Vercingétorix, qui consistait à brûler villes et provisions avant l’arrivée de l’armée romaine afin d’en affamer les soldats. Voyez à ce propos l’éblouissant film Vercingétorix, avec Christophe Lambert dans le rôle principal (dans le film, ils disent Bourges, alors que ce nom n’est apparu beaucoup plus tard – il viendrait de la tribu des Bituriges, qui prirent la ville à l’Empire Romain – et le film a probablement été tourné au Canada, mais ça ne fait rien). Bien évidemment, César réussit tout de même à prendre la ville, et devinez quoi – César a tout brûlé et a tué tous les habitants. Peu importe, la ville a depuis été détruite presque totalement plusieurs fois. Le plus vieux monument qui reste debout est le mur d’enceinte gallo-romain qui date du 1er siècle après Jésus-Christ, parfois en tant que mur libre, souvent réutilisé comme appui par des maisons ou des monuments historiques comme le palais Jacques Cœur. D’une manière générale, si vous creusez un trou à Bourges, vous allez remonter le temps et traverser les ruines de cinq ou six villes entassées les unes sur les autres. Notamment, les riches habitants du vieux centre qui font creuser des piscines déterrent systématiquement des squelettes ; ces bons vieux Gallo-Romains finissent généralement dans les ordures afin de ne pas attirer les archéologues redoutés. Une amie de mes parents, ayant acquis un terrain nu (rare) en centre-ville avait renoncé à toute cave ou vide sanitaire afin d’éviter les problèmes ; les archéologues sont venus quand même, cherchant un cimetière juif du XIIIème siècle qu’ils savent enterré quelque part dans ce coin. Heureusement pour elle, ils ne l’ont pas trouvé (il doit être en-dessous de chez les voisins) ; ils ont creusé, sorti ossements et fragments de poteries, ont tout étiqueté… et tout ré-enterré ! Eh oui, le sol protège ces objets ô combien précieux pour l’humanité de l’oxydation sans coûter un max aux musées.

Aujourd’hui, la ville est connue (un peu, et hors de Paris) pour son festival de musique, le Printemps de Bourges, qui attire depuis trente ans des artistes connus et inconnus pour une semaine pendant les vacances de Pâques ; le plus agréable pendant ce festival est de prendre un verre en terrasse en écoutant un groupe de rock amateur. Mais au final, le Printemps c’est ennuyeux parce que pendant une semaine, la ville est envahie de plein d’étrangers, de gens bizarres avec des chiens (genre clodos en treillis militaire) et à cause des stands de bana-banas, on ne peut pas circuler correctement.

Bourges est dotée d’un réseau de bus (presque 20 lignes), qui passent toutes les 20 minutes (en semaine, aux heures de pointe), qui sont tellement inefficaces que depuis chez moi on a aussi vite fait d’y aller à pied, et du coup tous ceux qui peuvent se déplacent en voiture. Le centre-ville, moyenâgeux, n’a pas été prévu pour une telle circulation, et les rues sont saturées. En été, l’air est presque irrespirable à cause des gaz d’échappement qui restent et se concentrent en raison de la sécheresse, et l’on peut même parfois voir de la brume ; en hiver, les façades crépies du début XXème sont grises et sales et les pierres calcaires blanches posées sur les trottoirs lors des travaux récents (et au demeurant très jolies) sont particulièrement glissantes.

Au XIXème siècle, lors du développement du réseau ferré, Bourges refusa de devenir la plaque tournante de la région – la vieille bourgeoisie locale ne voulant pas du bruit occasionné – et c’est Vierzon, crée à partir de quatre villages pour l’occasion, qui profita de la Révolution industrielle. Tant mieux, puisque depuis l’effondrement de l’industrie au XXème, elle souffre d’un des taux de chômage les plus élevés en France – et aussi du plus grand nombre de sympathisants communistes : 20% de vote PC aux dernières élections présidentielles. Bourges fut cependant choisie par Napoléon pour installer les usines d’armement ; Hitler fit faire un écart à la ligne de démarcation (qui autrement suivait la Loire) pour récupérer ces infrastructures en zone occupée. Aujourd’hui encore, Bourges est un pôle militaire – même mon papa travaille à la DGA – mais peu à peu tout est délocalisé vers Paris – même mon papa, qui va à Paris deux fois par semaine – et le site est reconverti en bureaux, école d’ingénieurs, etc.

La seule chose qui sauve Bourges, c’est son patrimoine culturel, ses marais qui offrent une belle oasis de verdure, et le fait que le Berry, dont elle est la capitale, est si rural : Bourges est la plus grande ville à plus de cinquante kilomètres à la ronde. Elle dispose par conséquent de toutes les installations du département, ressources administratives, bibliothèques, cinémas (Mega CGR 12 salles), patinoire, maison de la Culture (la première de France, inaugurée par Pompidou avant qu’il soit président), restaurants chinois, et plein de boutiques !

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu