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12 août 2010

LVDC 21 : Citoyen, es-tu là ?

Amis futiles, je vous demande pardon. En effet, cet article de La Vie de Charles Dechoux traitera cette fois-ci d’un sujet sérieux – oui, vous avez bien lu, sé-rieux. Pourquoi une telle trahison de la part d’un bloggeur qui ne jure que par le déconstructivisme quand il s’agit de débattre sur Internet ? Je vais vous répondre.

Revenons-en à ma séance de piscine d’hier. Habituellement, pour me distraire pendant mes longueurs en crawl, je pense de manière obsessionnelle à tous les boulots à Londres ou autre capitale européenne pour lesquels je viens de poser ma candidature. Or, depuis quelque temps j’ai candidaté à tous ceux que j’avais vus et attends vainement des réponses. Aussi, alors que ma trajectoire restait (presque) droite, mon esprit frivole s’est mis à dériver sur des conversations que j’ai eues avec mon excellent ami JLG, alias K, que tout le monde reconnaîtra mais que je ne veux pas citer faute de pouvoir relater parfaitement son point de vue.

Notre désaccord a porté, finalement, sur l’adage fameux : « la critique est facile, mais l’art est difficile ». Nous nous sommes légèrement disputés concernant, la première fois, la réforme des études à l’Ecole Centrale de Lille, et de manière moindre, l’hilarant faux blog destiné à attirer les jeunes filles à l’Ecole Centrale Paris. Les deux fois, K m’a reproché de critiquer sans avoir pris part au travail collectif. Plus encore, son reproche a trouvé dans mon éducation citoyenne un écho qui me donnait mauvaise conscience. Je l’avoue en effet tout net : si je satisfais à mes devoirs direct de citoyen, en l’occurrence le respect des lois et l’utilisation systématique de mon droit de vote (même pour les régionales !), en revanche on ne peut pas vraiment dire que je m’implique dans la vie démocratique de la France. Cela s’est également vu lors de mon passage en école d’ingénieurs, et dans la relative passivité de ma vie associative.

Il y a plusieurs raisons à cela ; la principale, c’est que tant que ma petite personne est à peu près satisfaite, ce qui est (presque) toujours le cas, je n’ai aucune envie de changer quoi que ce soit. Oh, je râle bien sûr, mais de là à agir…

De nos jours on parle de plus en plus d’impliquer les citoyens. L’exemple le plus explicite en a été le projet de « démocratie participative » porté par Ségolène Royal lors de l’élection présidentielle de 2007. Cette tendance est pour moi typique de certains courants de pensée actuels, qui en réaction à l’abrutissement des citoyens par la télévision et notre société en général cherchent à secouer les gens et à leur faire comprendre que c’est à eux de prendre en main leur destinée (parmi les ouvrages les plus cités figurent habituellement Le Meilleur des Mondes, d'Aldous Huxley, et 1884, de George Orwell).

Je ne suis pas d’accord. Même si je me sens légèrement coupable, je savais depuis longtemps que j’avais au fond de moi un argument à opposer à cette thèse, par ailleurs très convaincante. A l’origine de la démocratie, si mes souvenirs sont exacts (parce que vous vous doutez que je n’allais pas sortir dans l’eau pleine de chlore mon encyclopédie universelle en douze volumes ni ouvrir mon mini-PC pour consulter Wikipédia), si tous les citoyens prenaient pleinement part à la vie publique, en revanche le statut de citoyen n’était accordé qu’à une partie de la population. Je ne tomberai pas dans le cliché répandu chez les détracteurs de la démocratie qui lui reprochent de donner le pouvoir au peuple, qui n’est ni compétent ni suffisamment intelligent pour l’exercer : pour moi le problème n’est pas là. Non, le problème c’est que les citoyens de l’époque n’avaient rien d’autre à faire que d’exercer leur pouvoir. Ils n’étaient pas forcément assez riches pour se permettre de ne pas travailler, mais dans ces cas-là ils se voyaient plus ou moins achetés par d’autres citoyens plus riches qu’eux en échange de nourriture (on parle de clientélisme, c’est un sujet très intéressant, trop peut-être pour LVDC).

Le citoyen lambda (pour continuer avec les Grecs) d’aujourd’hui est bien différent. En effet, pour survivre et profiter de notre belle société, il doit tous les jours se rendre au travail, prendre le métro s’il habite dans une grande ville, le RER en banlieue parisienne, sa voiture en province, ou son vélo ou ses pieds s’il est suffisamment près pour cela. Si l’on rajoute à cela son éventuelle vie sociale, affective, familiale et personnelle, le citoyen n’a tout simplement pas le temps ni encore moins l’envie de s’impliquer de manière significative dans la vie politique. De plus, pourquoi devrait-il faire le travail des députés, des sénateurs, et de toute l’administration payée pour nous représenter ? Pour en revenir à moi, pourquoi devrais-je assumer l’avenir du pays alors que je paye plus de 100 000 euros par an pour qu’un nain adultère et cocu d’origine hongroise le fasse ? Ce même principe s’applique partout – par exemple à l’école : l’équipe pédagogique a vocation à nous former et nous la finançons par des frais de scolarité (que je vais devoir payer une année supplémentaire si je suis ajourné alors que je ne mettrai presque pas les pieds en cours). Pourquoi devrais-je par-dessus le marché, à titre bénévole, venir en plus de mes cours me faire ch… je veux dire débattre (de manière je n’en doute absolument pas parfaitement constructive et équitable) avec mes pairs, mes professeurs et mon administration ?

La réponse que la version de JLG qui parlait dans ma tête alors que je tentais plus ou moins vainement de me sculpter un joli corps n’a pas manqué de me donner, c’est « parce que ce sont nos études et notre avenir ». Et j’en conviens. Mais, amis lecteurs je vous l'avoue, je suis bête parfois. Et d’ailleurs, me disais-je alors que j’expiais par avance les calories que j’allais ingurgiter au restaurant japonais, beaucoup d’entre nous le sommes. Justement, les décideurs officiels devraient en tenir compte, car les citoyens ou étudiants suffisamment motivés pour participer ne sont pas si nombreux. Pour agir dans l’intérêt de la masse, il faut prendre en compte son comportement et lui fournir les outils et la motivation de participer.

Aussi, si je devais avoir un quelconque avis à donner, autre que ce blog que seuls quelques stagiaires désœuvrés vont lire, je préconiserais l’utilisation des outils simples dont nous disposons déjà. En Suisse, par exemple, la plupart des lois sont mises au vote national ; faire voter les gens aux urnes étant très coûteux, on pourrait faire cela sur Internet par exemple (ne me dites pas que cela discrimine les citoyens qui n’y ont pas accès, parce que cela n’a pas empêché le gouvernement de proposer des réductions d’impôts à ceux qui remplissent leur déclaration en ligne). Et surtout concernant les organisations plus petites ou plus modernes qui utilisent déjà l’informatique de manière extensive, par exemple les écoles d’ingénieurs, des questionnaires en ligne avec des réponses par oui ou par non sur des propositions, voire la possibilité pour tout élève de poster des propositions depuis son appartement entre deux épisodes de South Park ou de Sex and the City, voilà des moyens simples d’impliquer jusqu’au plus fainéant des Centraliens. Cela leur donne de mauvaises habitudes pour leur vie future ? Peut-être, mais l’ensemble de l’Ecole pourrait bénéficier d’un éclair de lucidité d’un paresseux sans avenir.

De même, quelle que soit l’échelle, il serait possible d’impliquer les gens de manière plus poussée. Par exemple, libérer de cours les élèves voulant participer à la réforme des études ; ou bien dédommager les citoyens qui souhaitent se rendre à des débats – osons utiliser le terme – participatifs concernant des projets de loi ou des thématiques actuelles.

Vous le voyez, chers lecteurs, pour une fois non seulement je parle politique, mais je suis même un peu constructif ; il faut dire que l’on ne nage pas deux kilomètres sans avoir le temps de cogiter et d’investiguer en profondeur un sujet aussi délicat que celui-ci, qui me trottait depuis longtemps dans la tête.

 
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