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04 janvier 2010

LVDC 13 : les polos Vicomte Arthur

Ceux qui font attention à ma façon de m’habiller ont probablement remarqué ma prédilection pour les polos.

En effet, j’aime leur forme, qui associe la classe d’une chemise à la nonchalance du T-shirt, et exprime pour moi de manière textile la décontraction du jeune homme bien léché – parfois appelé minet – c’est-à-dire tout ce que je m’efforce d’incarner.

Cet article sera donc consacré aux polos Vicomte Arthur. Personnellement, j’ai un faible pour Ralph Lauren – dont je ne possède qu’une chemise, achetée dans un magasin de fripes japonais et qui porte un subtil imprimé d’ananas sur un bleu profond. La boutique tokyoïte de Ralph Lauren, sur le boulevard Oomotesandoo, est elle-même particulièrement soignée – on se croirait, quoique la marque soit américaine, dans la maison de campagne (ou le manoir) d’une famille anglaise, ou européenne après tout, avec ses hauts plafonds, ses parquets, son entrée en marbre blanc et son élégant escalier double qui mène à l’étage où sont exposés les vêtements féminins.

Mais les polos Vicomte Arthur sont tout autre chose. Classes eux aussi, ils sont caractérisés, d’une part, par les jolies rayures rose pâle à l’intérieur du col, et d’autre part par le choix agréable des couleurs ; l’intérieur des manches ou du haut du col, ainsi que le revers, est d’une couleur vive qui contraste spectaculairement avec celle, généralement primaire, de l’extérieur. Le tout est complété – kitsch ultime – d’un petit écusson VA, l’emblème de la marque (mon professeur de marketing applaudirait ce choix, qui non seulement s’exporte bien, comme on le verra plus loin, mais en plus permet de créer un logo immédiatement reconnaissable tout en restant simple, ce qui est l’essence du polo).

Ce qui me pousse à évoquer aujourd’hui les polos ‘VA’, c’est la façon dont j’ai connu leur marque. J’étais un soir chez mon amie Célia, qui habitait alors – vivait serait un terme plus adapté – chez ses parents. La mère de Célia, une femme admirable, travaille dans LE collège-lycée privé de Bourges : Sainte-Marie – Saint-Dominique. Ce lycée, dans ses murs historiques en pierre (pas comme le lycée Alain-Fournier, délogé de sa position centrale et de sa cour napoléonienne par une école d’art pour se retrouver dans un monstre de béton de la zone HLM) entre deux petites rues du vieux centre, recèle une bonne partie de la population huppée de Bourges. Trois groupes y sont à remarquer : les familles à particule, les gens friqués, et les autres. Ces trois groupes, plutôt hermétiques, ont fâcheusement tendance de se mépriser mutuellement.

La télévision, momentanément allumée chez mon amie, diffusait ce soir-là un reportage de Capital sur les riches héritiers qui, au lieu de (ou en complément de) passer leur temps à boire du champagne sur des yachts au milieu de l’Atlantique, font fructifier leur capital pour ensuite boire encore plus de champagne sur des yachts encore plus longs et plus luxueux.

C’est ce reportage qui porta premièrement mon attention sur les polos Vicomte Arthur. Créée fort justement par un vicomte prénommé Arthur (mais vicomte de quoi, alors, je ne me rappelle plus), cette marque ne mettait alors à la disposition du public que deux points de vente : une adorable petite boutique – une boutiquette si je peux me permettre – à Paris, et une autre petite boutique probablement beaucoup plus tape-à-l’œil à Palm Beach, en Floride, où le frère d’Arthur a monté lui-même une entreprise spécialisée dans l’événementiel people.

Dois-je préciser qu’en allant baver devant le site internet de Vicomte Arthur, j’ai pu observer mainte expression sournoise et insolemment fière de la part de mannequins choisis pour illustrer au mieux, incrustés dans un décor évoquant au maximum l’argent, cette jeunesse dorée qui est riche et qui le vaut bien ?

La mère de mon amie était particulièrement énervée par le reportage parce que le vicomte, non content d’être bourré de fric et de vendre à des prix honteusement élevés des bouts de tissus (ils vendent des écharpes aussi), expliquait préférer rester « en bonne compagnie », c’est-à-dire éviter la roture et ne fréquenter que des individus de sang bleu. Elle lança alors : « oui, il me semble bien que j’ai son cousin au collège, au vicomte ; un vrai petit crétin ! Ils ont fait de ces polos leur signe de ralliement, je les reconnais. »

Elle me défendit par la même occasion de jamais me présenter devant elle affublé de pareil accoutrement ; de toutes façons, radin dans l’âme, j’achète la plupart de mes bien-aimés polos en solde, dans des magasins de hard discount ou chez Tatie.


11:02 Écrit par chax18 dans Shopping | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : polos, vicomte arthur, mode |  Partager sur Facebook |

 
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