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05 février 2010

LVDC 17 : capitalisme et sacs en plastique

J’ai assisté récemment au Forum E-Marketing de Paris. Si beaucoup de choses que j’y ai vues on été très enrichissantes (vous pouvez voir mon résumé complet sur le blog de la chaire e-commerce de l’Ecole Centrale de Lille), je vais consacrer cet article à une réflexion qui me trotte dans la tête depuis un certain temps déjà, mais qui m’a une fois de plus frappé : le capitalisme, c’est quand même un beau système.

J’ai écrit dans un de mes premiers articles que si j’ai des idées à mon sens assez bien formées sur beaucoup de choses, je ne prétends pas avoir la légitimité de les transmettre (et puis je ne voudrais pas perdre mes lecteurs adorés !). Aussi, je vais évoquer le sujet glissant du capitalisme sous un angle transversal.

Lors de l’assemblée plénière qui ouvrait le salon, Jérôme de Labriffe, de la société IAB, déplorait l’ingérence des législateurs (en l’occurrence le gouvernement français et la commission européenne) dans les affaires des entrepreneurs de l’Internet. Il ajoutait que, si effectivement le Web a besoin d’être régulé, une auto-régulation est cent fois préférable à un arbitrage fait de lois.

C’est justement cette auto-régulation qui m’émerveille ; on l’observe assez bien sur Internet puisque tout y va plus vite, mais elle est pour moi caractéristique du libre-échange. On a souvent dit que le capitalisme, c’est la loi de la jungle. Je suis d’accord. J’irai même plus loin : c’est la loi de l’évolution. Et de même que les plus forts – les plus viables – survivent au détriment des plus faibles, on observe dans la nature aussi une auto-régulation, un équilibre (qui n’a rien d’absolument permanent mais peut perdurer des dizaines de milliers d’années). Prenons un exemple, entre des prédateurs et des proies. Les populations de loups et de caribous du Grand Nord se limitent d’elles-mêmes : quand il y a beaucoup de caribous, les loups se multiplient, de sorte que les caribous se raréfient ; les loups meurent alors de faim, les caribous se multiplient, et les loups survivants ont de quoi festoyer. Au passage, cet exemple est tellement bien huilé qu’il a été copié par les informaticiens sous le nom (trop ?) évocateur de modèle prédateur-proie.

A une échelle plus vaste, les concepts, les modèles économiques, les commerçants, à l’instar des espèces, évoluent : prenez la publicité sur Internet par exemple. Il n’y a pas si longtemps, on se faisait enquiquiner toutes les cinq minutes par ces satanées fenêtres « pop-up » qui s’ouvraient sans qu’on ne leur ait rien demandé. Certains navigateurs ont commencé à les bloquer ; la pratique se généralisant, les sites ont cessé d’en faire afficher – l’espèce s’est éteinte – et les ont remplacées par les bannières sur la page, par les espaces de publicité vidéo qui précèdent certaines vidéos que l’on veut regarder ou certaines musiques que l’on veut écouter sur des sites comme Deezer. Elles ont colonisé les réseaux sociaux, comme autant d’oiseaux et d’espèces marines viennent naturellement s’installer sur une île volcanique jaillie des profondeurs de l’océan. Prenant au passage de nouvelles formes : fanpages, communiquant auprès de leurs fans, vidéos broadcastées sur Youtube et relayées d’un média à un autre…

Evidemment, cette auto-régulation a ses limites, et l’évolution n’est pas linéaire. Nous commençons à être habitués à ces fameuses crises économiques – la crise de 29, les chocs pétroliers, les subprimes pour citer les plus célèbres. Presque à chaque fois, tout le monde prédit la fin du capitalisme. Il se passe la même chose dans la nature : l’histoire de l’évolution est marquée de grandes crises, dont la plus emblématique (mais pas la plus importante) a causé la disparition des dinosaures, et qui à chaque fois ne laissent que peu de survivants. On pourra objecter (je vais d’ailleurs m’en occuper tout de suite) que ces crises ont vraisemblablement été causées par des éléments extérieurs (un changement climatique d’origine géologique, une grosse météorite, etc.) alors que nos crises proviennent souvent de certaines « espèces » comme les dettes dégénérées en subprimes par la spéculation (mais ne me demandez pas de vous expliquer le mécanisme ; à la limite, si vous pouviez me l’expliquer dans un commentaire, ça m’arrangerait ainsi que les autres lecteurs). Mais ce qui est important, c’est que dans les deux cas, le résultat est une situation difficile qui cause la disparition de beaucoup d’espèces, qui sont ensuite remplacées par d’autres, comme les mammifères et les oiseaux ou les énergies renouvelables.

Pour conclure sur une note positive, ce qui est magnifique, c’est que même les interventions du législateur (qui sont autant de pluies de météorites sur la planète du commerce) sont parfois une aubaine pour l’industrie dans un système à tendance libre-échangiste. L’exemple qui m’a suggéré le titre de cet article (vous en aviez la bave aux lèvres, avouez-le) date d’il y a quelques mois (années ? je me fais vieux…) : il s’agit de la disparition des sacs en plastique dans les supermarchés. Les clients en ont d’abord été tout chamboulés – ben oui, fallait penser à emmener un sac, un cabas, n’importe quoi – et les magasins ont aussi été confrontés à des clients obligés de limiter leurs achats faute de sac assez grand pour tous les ramener. Pire, on pouvait emmener sciemment un petit sac pour ne prendre que l’essentiel, et alors toutes les têtes de gondole et autres super-promos devenaient inutiles. C’est alors que quelques industriels ont eu l’idée de génie de proposer ces grands sacs en plastique si pratiques : grands, solides, maniables et bon marché (et en plus, s’ils sont cassés, on peut même les échanger… sérieux, vous avez déjà essayé, vous ?). Ils font eux-mêmes tourner une industrie prospère, des usines, des gens, tout un nouvel écosystème économique. Je ne suis pas certain que cela aurait été possible, par exemple, dans une économie planifiée. Et puis, comme le format du sac varie peu d’une grande surface à l’autre (compatibilité oblige), les magasins et les marques spécialisées proposent une vaste gamme de motifs et de couleurs pour satisfaire toutes nos envies !

 

 
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